poesieirisienne- véronique henry -poésies classiques

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Une flammèche dans la nuit

 

 

 

 

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 Des pierres enfouies sous le lierre et le chèvrefeuille moisissaient depuis de nombreuses années. La verdure les avait recouvert d'un épais feuillage de ronces, cachant ainsi les murailles émoussées. Elles se dressaient austères, sombres, silencieuses sur la hauteur d'une colline. Aucuns promeneurs n'osèrent s'y aventurer et les vieux débris caillouteux prenaient possessions de cet endroit désert. Les villageois les plus proches en faisaient les frais chaque jour passé. Pour eux , la colline et la forêt était famélique, car ils entendirent toutes les nuits des sonorités étrangères, dont les gémissements se faisaient graves, glauques. Ils pensèrent que le diable avait pris place en ces lieux, qu'un sortilège vibrait , planait en permanence contre eux. Ils en demeuraient complètement épouvantés et faisaient des signes de croix et des prières en susurrant tout bas dans le village. Une bruine brunâtre vivotait  attirant corbeaux, corneilles à foison et autres rapaces qui hululaient, criaient, piaillaient à chaque instant. 


                           Par une matinée froide hivernale, un chevalier se profila sur le sentier du village. Il s' était perdu et cherchait en tournant en rond par quel chemin il pouvait se fier. Il montait un beau cheval roux avec une allure princière, et portait une grande épée rutilante au creux des reins. Les villageois le contemplèrent , le défièrent avec leurs yeux méfiants. Ils lui dirent de faire halte devant eux. Mais le preux chevalier les rassura tout de suite en déroulant un papier assigné des mains du châtelain, un cachet était poinçonné, et montrait les fameuses armoiries du Comte, qui signifiait que le chevalier nommé Gaspard pouvait disposer de son terroir comme il le désirait. Les paysans en avaient la bouche grande ouverte de stupeur! Mais en chassant leurs peurs , ils lui déconseillèrent fortement de traverser la colline perchée, et de côtoyer les flancs près du torrent qui s' annonçaient plus sereins. Gaspard demanda pourquoi, et les gens lui racontèrent, que des choses incompréhensibles se manifestaient dans la forêt. Pour eux, l' endroit était hanté et ils en étaient plus qu' effrayés.



                                 Malgré leurs avertissements , Gaspard ne les entendit, et partit sur son cheval au galop, car il prétexta qu'il était pressé de rejoindre son maître souffrant. Il se rua sur les sentiers herbeux et s' enfonça en profondeur dans les bois. Seul l' écho des sabots de son alezan résonnait, le réconfortant à cheminer, et il oublia les piètres sornettes des paysans. Brusquement au bout d'une lieue , il fut soulevé prestement sans en comprendre l' origine, et se retrouva accroché à des racines puissantes. Il se débattit, cria à l' aide mais rien ne se fit comme il le voulait. Il continua à gesticuler mais les rameaux enchevêtrés l' étouffèrent davantage, dans un piège plus que cruel. Des frissons ruisselaient le long de son dos , le glaçant de stupeur! il était complètement ligoté et pria d'un seul tenant :

–« Dieu qu'il vienne à mon secours!»Seule une voix chevrotante murmura auprès de lui. Il crut défaillir et trépasser.



Gaspard  était stupéfié devant l' accent prononcé d'un timbre doucereux. Il jeta un œil aux alentours mais ne vit rien et s' agita nerveusement, en secouant assez vivement les rameaux qui l' encerclaient. Soudain une rafale glaciale se fit sentir sur son visage et le décoiffa. D'un seul tenant , il fut projeté à terre sans comprendre, car les ronciers avaient tous disparus. Saisissant son épée pour se rassurer, il refit tourner sa tête dans tous les axes possibles, et chercha sa jument qu'il ne trouva nulle part. Sans doute s' était t' elle enfuie ? Il l' appela mais n' entendit que son propre braillement qui résonna dans toute la vallée. Paré de courage il repris le sentier péniblement. La voix éraillée continuait à lui parler , à le guider dans son cheminement. Son léger friselis l' accompagna, et il s' arrêta net devant une lumière vive qui soudain apparut aux travers des buissons. Il s' aventura auprès de la clarté qui lui fit paraître une grande allée de charmes,le resserrant à chaque pas qu'il faisait. Impossible de revenir en arrière pensa t'il! Il était obligé de se diriger au dessous de la voûte verdoyante, il y découvrit au fond du chemin des escaliers moussus, des brindilles épineuses qu'il fouetta de son épée pour pouvoir outrepasser, il trébucha , faillit tomber à la renverse. Il se frotta à une paroi crayeuse et descendit les marches lentement. Il était ébahi devant la découverte d'une grotte occulte entièrement calfeutrée par la frondaison luxuriante qui foisonnait à cet endroit. 


                                                  Un flambeau rutilant brûlait dans le creux de la galerie souterraine où il pénétra non sans être assez anxieux.

–« Soyez sans crainte jeune chevalier, la clarté vous guide jusque à moi, je vous attends depuis des siècles mon doux seigneur ,j'ai grand besoin de votre secours!»

clama la même voix qui depuis le début l' avait accostée.

Gaspard chemina timidement jusque devant la découverte d'un corps allongé frêle sur de la paille rancie. Il vit une vieille femme aux longs cheveux blancs qui le regardait fort amusée. Elle lui fit signe de s' approcher auprès de son visage blême, et lui souffla dans un murmure rauque :

–« Je suis bien trop affaiblie avec toutes ces années passées dans cette caverne qui est donc ma prison! 

marmonne la vieille femme bien palote. 

Elle tremblota et continua de lui parler, malgré une toux éreintante qui la faisait haleter comme un bœuf!

– Il me manque quelques plantes médicinales pour faire ma potion,Mes forces m' échappent, Je ne peux plus courir les bois pour aller faire ma cueillette,j'ai pourtant laissée plein de signaux de détresses aux villageois mais ces idiots ne sont que terrorisés!, Quels trouillards!, Allez jeune Gaspard me chercher mes plantes et je vous garantie que vous n'aurez aucun incident! c' est grâce à moi que vous êtes arrivé sain et sauf dans ces lieux! »

lui dicte d'un ton douceâtre la pauvre malade.


                                                   Gaspard charmé par l' état de la vieille dame lui sourit et partit précipitamment dans la forêt pour aller cueillir ces fameux ingrédients. Il était guidé de ses mains, il le sentait au fond de lui. Rassuré , il revint dans la grotte les mains pleines, et fit un grand feu avec le petit bois sec, qui se trouvait éparpillé. il prit un chaudron usé et mit toutes les plantes à bouillir. Quelques chauves souris s' ébrouèrent sur le plafond noirci, et piaillèrent auprès de lui. Il n' avait plus peur et écoutait le bavardage de la femme maladive. elle eut un faible sourire quand la potion fut prête à boire et lui dit:

–« Merci infiniment mon cher Gaspard. Ne fais pas cette tête effarée! Oui jeune prince , je ne te connais que trop bien! Je me présente à toi, Je suis ton arrière grand-mère maternelle et je m' appelle Émilienne,Ta chère famille m' a répudiée.

– Trop de sorcelleries avec tes lumières et tes plantes m'ont t'ils confiés amèrement!, Ils m'ont chassé du château et je moisis ici depuis au moins deux siècles! Quelle infamie pour moi et pour toi , de ne pas me connaître, Je suis fatiguée de croupir dans ce souterrain humide, froid et glacé , et sans sépulture!

–  Mais aujourd'hui je savoure enfin ma victoire , ma joie d' avoir pu te faire parvenir jusque dans cet endroit pourri, Mes lumières et ma voix ont été très utiles pour t' attraper!, Quand à ces idiots de villageois , leurs ayant fichu une trouille bleue, j' étais naturellement tranquille! »

jubile la vieille dame devenue d'emblée sournoise .

Elle rit de bon cœur, but quelques gorgées qui la réchauffèrent, et continua de discuter avec son arrière petit-fils qui n' en perdait pas une miette de sa conversation. 


                                                Brusquement un jet resplendissant brasilla sur la vieille femme. Elle se mit à fondre et devint une minuscule flammèche qui vrilla tout autour de Gaspard. Médusé il assista à la déformation de son arrière-grand- mère , et sentit sur ses joues , un baiser brûlant qui le réconforta. Il la sentit vivre en lui , lui parler doucement et soudain sa mèche disparut au dehors de la grotte pour disparaître aussi loin dans le ciel étoilé. Il la suivit émerveillé, éberlué, conquis. Elle était maintenant une étincelle dans la nuit éparse. Une énorme aurore boréale bleutée flottait éperdument . Il compris que c' était elle qui valsait comme une élégante jeune fille. Il posa  des bisous sur sa bouche pour qu'ils s' envolent et aillent la rejoindre et lui dit à basse voix:

–« chère grand-mère , tu seras toujours présente en mon cœur!».

Il rejoignit sa belle jument qui broutait un peu plus loin, et reprit cette fois la bonne direction pour aller retrouver sa demeure. Il n' avait plus que maintenant que le plaisir de lire les aurores boréales pour voir sa mamie adorée. Il partit d'un pas serein devant l' aube attendrie.


Fin
 
 
véronique henry
Novembre 2017
 
 
 
 


22/12/2017
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