poesieirisienne- véronique henry -poésies classiques

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Sur le sol sibérien

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Le blizzard insufflait sa rugosité et la neige dessinait des arabesques sur la toundra glacée. Un froid mordant piquait, haranguait la frondaison la couvrant d'un épais tapis cristallisé. Sous les tourbillons cotonneux les chevaux peinaient et les hommes aussi. Leurs traces furent balayées, happées en l' éther roidi. Ils avançaient péniblement face à la pesanteur des rafales qui les fouettaient, les mordaient de mille feux. Les chevaux rugissaient de leurs naseaux givrés, et les humains transis grelottaient malgré leurs lainages. Aveuglés par le poudrin écumant, ils avaient des difficultés à tenir leurs allures droites, et souvent plièrent les genoux sous les assauts tempétueux, et maintenaient fermement la bride des petits étalons qui s' agitaient nerveusement. Infatigables pourtant, leurs pas se cramponnaient au sol empâté devinant qu'ils logeraient bientôt dans les yourtes familières, qui les réchaufferaient des morsures extrêmes causées pendant l'hiver si long qui demeurait en Sibérie. La nuit s' étoffait durant plus de neuf mois, et les nomades acclimatés s'endurcissaient un peu plus au fil des années. Tous pensaient aux repas et thés bouillants, que leurs femmes préparaient avec ardeur en les attendant rentrer de la pêche. Les phoques sur la banquise pullulaient à foison, et les hommes fiers sur leurs traîneaux accompagnés de leurs chiens et chevaux avaient hâte de se reposer.



Des lumières scintillaient sous l' horizon vermeil annonçant que le campement n' était guère éloigné. Ils reconnurent les lieux et filèrent joyeusement vers leurs logis, malgré les bourrasques venteuses qui les oppressaient. Les chiens frénétiques sentirent un bon fumet de ragoût et se bousculaient en jappant. Enfin arrivés, les hommes guillerets se débarrassèrent de leurs sacs, détachèrent les chiens, et leurs donnèrent à manger ainsi qu' aux chevaux. Les femmes souriaient chaudement habillées de fourrures, et leurs servirent assez rapidement des soupes poissonneuses qu'ils savourèrent devant un foyer brûlant de bois sec. Ils rigolèrent entre eux réjouis d' avoir contré le mauvais temps. Les petits émerveillés gambadaient autour de l'âtre avec leurs jeux favoris. La veillée s' allongeait sous les rires et les bavardages constants jusque tard en soirée. Une fois les petits couchés, les inuits exténués ne traînèrent et se couchèrent sous leurs pelisses chauffées. Dehors les étoiles illuminaient leurs bivouacs, et les chiens recroquevillés dans leurs poils veillèrent sur la fratrie.



Des hurlements lointains résonnaient sur l' ensemble de la steppe enneigée. Personne n'en prenait garde étant habitué à ces sons si naturels et dormaient tous d'un sommeil paisible. Un grand fracas sonore retentit auprès d'une yourte, tel un bruit de gamelle renversée.Les chiens aboyèrent férocement, les mustangs hennirent dans l' enclos et le chef des nomades bondit comme un éclair. Il sortit à l' extérieur, fit un tour autour du campement, mais ne vit rien d' anormal et rentra se glisser sous ses douillettes fourrures.

–«C' est sûrement un renard affamé qui rôde dans les parages» pensa t 'il et se rendormit aussitôt. Les chiens continuèrent de gronder en sourdine les poils et les oreilles dressés. Les chevaux restèrent fébriles et piétinaient la paille sous leurs pieds. Une longue plainte s' entendit au fond de la contrée. Seul le vent rageur répondit en écho gonflant les tentes, sifflant sur les poubelles et les bouscula. De légères foulées se répandirent avec des râles essoufflés, et les chiens jappèrent ainsi que les chevaux. Une lutte acharnée éclata férocement parmi les chiens hurlants. Des tons hargneux percutèrent le silence autour du camp, du sang gicla sur le sol, des poils arrachés volèrent.Un des chiens se mit à vagir douloureusement et se coucha sur le sol. Les nomades réveillés par surprise prirent leurs fusils et bondirent hors des tentes. Ils ne purent que constater qu'ils étaient encerclés d'une horde de loups menaçants, montrant leurs crocs, les poils hérissés.





Horrifiés de ne pouvoir les compter, ils comprirent qu'ils étaient trop nombreux pour eux, et pressentirent que les loups affamés s'en prenant aux bivouacs ne voulaient que se restaurer. Déconcertés par cette attaque gigantesque qu'ils n'avaient connus jusque à présent, ils tirèrent en l' air pour les faire déguerpir, mais les loups non effrayés ne bougèrent. Les canidés ne décampèrent et les hommes comprirent qu'ils avaient sentis les phoques tués pendant leurs chasses. Après maintes réflexions entre eux, le chef décida d' éparpiller quelques phoques en plusieurs endroits éloignés du campement. Les loups se précipitèrent sur la viande fraîche et la dépecèrent. Les hommes assistants à cette scène incroyable les regardèrent et ne les défièrent. Ils avaient bien flairé ce que les bêtes réclamaient et jubilaient de savoir qu'ils ne seraient attaqués. Le pauvre chien blessé sur le sol glapissait plus fort et il fut soigné prestement. Les femmes et les enfants assistèrent médusés aux altercations et n'osèrent s' approcher. Presque tous les phoques furent dévorer, une fois repus les loups contemplèrent les humains tranquillement et s'enfuirent dans la toundra forts silencieux. Un seul des loup se recueillit devant les hommes sans les défier, il poussa un hurlement de satisfaction vers la lune roussâtre et déguerpit vers ses congénères. Le chef des nomades comprit que c' était le chef de la meute et poussa un soupir de soulagement en le voyant partir.





Le matin même les inuits plièrent bagages et décidèrent de s' aventurer sur la steppe alourdie à la recherche d'un endroit plus protégé pour eux et leurs familles. Ils constatèrent que leurs ressources en viandes avaient diminuées considérablement. Dépités mais ravis d'être en vie, ils pensèrent qu'ils avaient échappés à un carnage et ne regrettaient leurs gestes. Ils découvrirent au bout de quelques kilomètres, des monticules élevés qui pourraient mieux les abriter. Ils bivouaquèrent et reprirent leurs chasses aux phoques. Tard dans la nuit ils purent se restaurer tranquillement face à la chaleur du feu, en commémorant aux plus petits la sagesse de leur épopée. Le lendemain poussant un peu plus sur la banquise, ils virent au loin de grands ours. Les hommes évitèrent de les rencontrer, les laissant chasser la nourriture qui leurs conviendraient. Avec patience et admiration, ils s' exaltèrent à voir les ours attraper leurs proies. Ils attendirent qu'ils finissent leurs repas et les virent partir doucement vers d'autres horizons foisonnants de chairs fraîches. Puis les nomades le soir venu racontèrent à leur tribu les faits. Les enfants écoutèrent dolents et radieux.



Mais les humains constatèrent avec les années, que la banquise reculait, que les hivers s' adoucissaient un plus vite à chaque saison hivernale et sentirent une mauvaise augure se pressentir sur eux. Aux cours de leurs veillées, ils se concernaient souvent sur ce préoccupant phénomène. Pour combien de temps encore ils auraient avec les animaux de la nourriture à volonté. Que pouvaient t' ils exécuter avec leurs propres raisons. Absolument rien ! Pensèrent 'ils, simplement quitter leurs bivouacs et devenir sédentaires, ils le refusaient intensément et s'y opposèrent. Dans la nuit frissonnante au cours de leurs sommeils, ils écoutèrent mugir des ours près de leurs bivouacs mais ils ne bronchèrent. Ils savaient tous qu'ils passaient leurs chemins sans devoir les attaquer car les ours étaient plus que gavés. Et ils comprirent que la menace s' avançait sur eux, sur leurs environnements et en furent plus que déconcertés. L'aube les réveilla transis dans leurs inquiétudes et flairèrent le dégel qui débuta prématuré comme ils l' avaient prédis.





 

fin

 

véronique henry

janvier 2018

 

 

 

 

 





20/01/2018
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