poesieirisienne- véronique henry -poésies classiques

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Noctambule.

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           Dora ne sent nullement le sommeil l' endormir. Dans sa chambre , elle s' agite, cogite. Elle écoute les bruits qui craquent en la demeure de sa grand-mère, dont elle est esseulée du bourg le plus proche. Sursautant aux moindres courant d' air, Dora se calfeutre en dessous de son édredon, afin de fuir les ignobles cris , qu'elle entend si effrayée. –« Que se passe t 'il ? » murmure t 'elle tout bas sous sa couette. –« D'où viennent ces halètements?». Le vieux logis bouge, tremble, palpite.–« cela ressemble à un tremblement de terre! » se dit t 'elle. N' en pouvant plus, Dora se lève malgré la frayeur qui la serre.  Elle veut comprendre ces phénomènes qui se produisent sous le toit. Elle regarde au travers de la fenêtre entrouverte, afin d' explorer les lieux environnés. Seule la lune la côtoie d'un sourire enjôleur. –« tout est si tranquille, rassure toi » ainsi lui répondirent les bois ourlés de brume. Circonspecte, Dora décide d' explorer le fond de sa chambre et de la maisonnée. En essayant de bruisser ses pas doucement, elle entame l' escalier avec une lampe dans ses mains, sans allumer la lumière du vestibule. Elle se dirige vers la porte de la bibliothèque éclose, et s'enfonce dans son artère pour se diriger directement sur la comtoise. Sa vison louche sur le carillon qui tinte irrégulièrement. Il l' intrigue car le son en est erroné. Le vitrail s' ébranle laissant apparaître une brèche. Interloquée, Dora s' engouffre au dedans sans réfléchir. Un conduit l' aspire en un lieu inconnu et se retrouve au creux d'un arbre.

 

 

 

 

            Un profond hululement l' effraie. Elle ne reconnait pas sa voix qui râpe sur le tronc et constate qu' elle sort de sa bouche. Ses membres rapetissent, son corps s' étoffe de plumes. De grandes ailes s' activent au lieu de ses bras. Dora remue et fait trembler ses rémiges. Elle ne comprend pas et reste incrédule:—« Comment ai je pu me transformer en chouette? » narre t'elle.Remplie d'inquiétude, elle essaie de se débattre.–« Ce n' est pas drôle» jure t' elle. Mais ébahie , ce nouveau jeu l' amuse follement et lui fait découvrir de nouveaux horizons. Auprès d'un trou, elle s' aventure , se penche, déploie ses ailettes pour s 'envoler face à la nuit qui l'intrigue. Craintive, mise sur ses gardes, elle fut transportée au milieu des cimes des bois touffus. Cet essor la rend avide et elle ne ressent le vertige qui pourtant lui donne la nausée. Entre deux arabesques, Dora se repose sur le bord d'une branche. Et pourtant les arbres denses s' allongèrent, se déformèrent face à ses yeux perçants. Soudain le tonnerre résonne en la vallée et fait trembloter son tendre duvet.

 

 

 

 

 

            Un éclair vrombit, s' allume de mille feux. Dora est encerclée par un brasier. Elle crie à l'aide! ses ailes brûlent. La panique la gagne, la fait haleter, elle essaie de s'enfuir.Mais Dora est engluée au rameau. Abasourdie, choquée, enfumée,elle ne voit un dragon venir. Il la regarde inquisiteur et lui tonne d'une parole tonitruante–« Que faîtes vous dame chouette sur ma trajectoire?–« Ne savez vous pas que cet endroit punit les étrangers!» clame t 'il. Dora se débat et crachote de la suie qui l' étouffe. D'un geste vif, il appelle la pluie pour éteindre son brandon.–« Je me suis perdue monsieur– « Je ne voudrais pas vous offenser mais la forêt est si immense» répondit t 'elle outragée.Vexé le dragon râleur lui tourne le dos et part haut dans le ciel. Dora hagarde peste et le maudit–« Qu'il aille au diable celui-ci!» Entre les relents de fumées noirâtres, elle décolle du tronc hirsute et chemine sans prendre garde à ce qui lui a dicté. Soudain elle pleure famine, et cherche une proie comestible sur le sol et les buissons.Elle fond prestement sur un rongeur, le saisit dans son bec crochu. Attisé par le bruit, elle voit épouvanter arriver sans sa direction, un long serpent qui ondule et court très agile. Avec sa langue fourchue il la mord. Dora tremble penaude et transie. Son long sifflement la terrifie et l' hypnotise. Le serpent s' étonne de la rencontrer sur son territoire. Il voudrait bien la manger toute crue! la semonce est atroce. Malgré le venin agissant , elle s'agite, éternue, sanglote, couine,se lamente, crie à l'infamie, et rugit devant lui – Qu'une petite fille ne pouvait être son repas. Il rit aux éclats, pouffe hilarant. Les écailles du python la griffe et la font souffrir, hurler de douleur. Il gonfle sa gorge prêt à l' engloutir. Mais Dora ne semble vaincue même sous l' effet de la torpeur.Elle lui crache dessus, le pince, l' étrangle avec ses anneaux.Dora s' empare de sa langue, qu'elle tord comme un torchon. Une lutte acharnée s' amplifie entre eux, et le serpent ne se méfie pas assez de la petite chouette. Il se retrouve complètement entortillé au bord de l' étouffement. Il meurt asphyxié! le poison inhibé n' a servi à rien auprès du corps de Dora. Au contraire , elle en est toute guillerette et saute de joie. Or la forêt dans un friselis se mit à s' ébranler, à vaciller dans une allure méconnaissable. Les fougères s' agrandirent pour atteindre le sommet des arbres. Les mousses accrurent avec une voracité affolante, qui fit hurler Dora et qui se sauva.

 

 

 

 

 

           D'un geste vif la porte de la chambre s' entrouvrit. Sa grand-mère étant très inquiète, la questionne en la voyant si blême–« Oh mamie au secours!–« Où suis je ?» pleurniche Dora–« Ce n' est rien allons, c' était un cauchemar sans doute que tu as fait» Dora ouvrit grand les yeux et regarde autour de son lit. Elle constate qu'elle n' était plus habillée de duvet. Pas de forêts étranges, ni d' animaux farfelus. Soulagée elle scrute l'aube qui pointe le bout du nez! Ce tableau la réconforte , elle s' endormit presque aussitôt, le front suant de perles d'eau. Des rayons pénétrèrent irisés de couleurs mauves et rosées,sur le visage enfantin balayant ses mèches blondes.

 

 

 

 

 

            Dora tressaillit au bout d'une heure recouchée.Une secousse bouleversa son repos. Intense, chaotique, le lit se cabre brusquement, se soulève et flotte. L'enfant reste estomaqué–« Que m' arrive t' il ? ; Il se met à tournoyer, formant un sillon où Dora est projeté au travers de la fenêtre, elle en est déroutée.Planant dans l' éther empourpré, elle ne comprend toujours pas ce qui lui arrive. Son corps se déforme , s' étire , se gonfle tel un ballon.Une montgolfière, la voici habillée mais non en animal. Elle essaie d'en percer le tissu, et voit qu' elle est seule dans le panier.Très angoissée, elle s' égosille, hurle, fulmine–« Descendez moi d'ici !–« Je ne suis qu'une enfant!» Un rire sépulcral lui répond sardonique, mais d'où vient t'il ! pense Dora mitigée.En y cherchant une cause elle est horrifiée. Soudain apparaît un monstre titanesque qui vole à ses côtés.Une licorne s' écrie Dora impressionnée.Avec des voilures béantes la bête la suit, la somme de se taire. —« Comme est affreuse et me fait peur, elle ne ressemble nullement à ce qui est décris dans mes livres! » pense Dora. La licorne lisant dans ses pensées , la rappelle à l'ordre d'un ton menaçant.–« Pourquoi as tu transgressée nos lois? pauvre idiote, tu n' avais pas le droit de t' aventurer dans la forêt, tu n' as pas suivie le conseil du dragon!» tonne t 'elle.–« Maintenant je vais être obligée de t 'éloigner, de te mettre dans une cage, pauvre insolente!» éructe la licorne. Mais Dora proteste, tempête une nouvelle fois.

 

 

 

 

 

 

             À force de bouger, Dora tombe du panier et demande de l'aide. Elle traverse le toit, atterrit directement dans sa mansarde , qu' elle crève à son tour et se retrouve dans son lit , sonnée effarouchée. La bête la poursuit toujours redoutable, sinistre. Elle bave et gronde–« Mais enfin quand arrêteras tu de gesticuler» lui dicte une voix glaciale, éraillée! Ce timbre refroidit la fillette et l' emplit d' effroi. Le râle est si sordide que Dora est pétrifiée–« Si tu continues ainsi , je vais te saucissonner avec des cordages! » Une ombre indistincte , hideuse, la regarde et Dora a les yeux écarquillés.

 

 

 

 

 

 

            Sa grand-mère l' épaule doucement–« Oh Dora tu sembles bien fiévreuse susurre t 'elle. Encore engourdie, la gamine répond faiblement, car elle a la voix aphone , brisée–« Oh mamie je n'ai fermé l'œil de la nuit, tellement le livre que tu m' as offert m' a plu – J'ai tout dévorée d'une seule traite!» L' enfant semble émerveillé et l' embrasse sur la joue. Puis ensuite à l' appel de sa grand-mère qui résonne dans la cuisine.  Dora se lève de son lit en baillant et entend frapper, taper. Elle se sent aux aguets et craint soudainement le pire pour sa mamie adorée. En approchant d'un chocolat fumant , Dora éclate de rire , en voyant le hachoir de mamie trancher le coup d' un poulet où volette un panache de plumes.

 

 

 

 

 

Fin

 

véronique henry

 

 

 

 

 

 

 

 



03/12/2017
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