poesieirisienne- véronique henry -poésies classiques

poesieirisienne- véronique henry -poésies classiques

Le nécromant

 

 

6b9bf57e.jpg

 

 

 

 

 

 Dans les venelles obscures d'un faubourg embrumé, le crachin sibyllin incombait en couches épaisses son ample manteau. Des chats cohabitaient, pullulaient, et se bagarraient assez souvent dans le parc sinistré.Les lieux ne prédisposaient d' aucunes lanternes, où les rats grouillaient nombreux parmi les poubelles. On apercevait jamais un être humain qui venait rôdé même par le fait du hasard. Seuls les chats errants et les rongeurs, vivaient à se chaparder ayant chacun leurs clans et leurs codes. La nuit se prêtait à leurs jeux meurtriers entre les chenapans qui se querellaient sans cesse, se pourchassaient pour manger celui du camp d'en face! Des luttes brutales, cruelles remuaient le terrain vague fort brouillon toutes les nuits. Des bruits acérés de miaulements et de cris secs, résonnaient dans l' herbacée glacée des bas fonds de la ville. Aucunes fourrières cheminaient dans ces rues lugubres, désertiques, tassées, oubliées par la nature humaine. Seuls les corbeaux et corneilles déchiquetèrent leurs corps morts rancis, putréfiés, et gonflés de vermines grouillantes sans ressentir la moindre pitié. Le quartier dégageait une odeur nauséabonde âcre , fétide, dont les relents ressemblaient aux égouts de la ville, et qui repoussait tous les passants. On maugréait, on pestait. La mairie ne l' assénait jamais malgré les nombreux rappels du voisinage. L' endroit se confinait autour de cette marmaille turbulente, affamée, dont la survie était indispensable. 


                              Un soir venu, un garçon d' environ dix ans nommé Thomas  cherchait son ballon partout et ne le trouvait. Il se sentit paniqué en reconnaissant le parc isolé, mais il prit son courage à deux mains et commença à fouiller les environs, non ressentir une alarme en son for intérieure. Jamais il ne jouait avec ses camarades à cet endroit maudit. Ils l' évitèrent même. Thomas était un garçon bagarreur, n' ayant peur de rien, ne fréquentant que l' école buissonnière, et il était le premier à préparer des mauvais coups avec ses camarades. Devant cet enfant difficile au caractère bien trempé, ses parents se désolèrent en ne s' en occupant nullement. Il était livré solitaire à la rue, aimait  piquer des fortes colères auprès de ses copains, et refusait l' autorité parentale. Thomas inventait des jeux coriaces, barbares , recevant pourtant des baffes de son paternel! Devant ses petits camarades , il faisait le fière , et menait une attitude despotique envers eux, digne d'un tyran sans scrupules. En jouant au football, il avait perdu son ballon mais il ne crânait! et décida d' aller fouiller le terrain vague malgré le manque de lumières. 

                                Thomas ne voulait de l'aide de sa confrérie. Sans reconnaître où il se dirigeait, il flaira une odeur d' égouts épouvantables lui soulevant le cœur et le ventre. Il ne frémit , ni de gémit dans l' heure tardive qui avançait vers la nuit. En pensant à ses parents, il s' en moquait éperdument, et en rigolait tout en farfouillant le territoire poisseux. De nature très curieuse , il avait une intuition dont il chérissait. Pourtant d'un seul coup, il faut saisi de frissons pleins le dos en voyant où il avait mis les pieds. Thomas haussa les épaules en se disant qu'il en avait connu d'autres en étant un gavroche. Il éternua et l' écho rebondit saccadé jusqu'au tréfonds du parc. Il entendit des bruits de gamelles remuées, les cris perçants des chats et des rats, mais rien ne l' arrêta dans ses mouvements. Il les raillait même étant trop habitué à les entendre chaque soir. Thomas n'aimaient guère ces bêtes puantes, grouillantes, velues de poils gluants qui naviguaient autour de lui. Au contraire avec ses copains , ils les terrifiaient, les massacraient à coup de lance pierre, en frappant dans leurs mains, et ne s' apitoyèrent jamais sur leurs pauvres sorts. Ils commettaient des crimes sans en comprendre la raison, plus ils en trucidaient, plus ils se glorifiaient. Combien de fous rires entretenus , jubilés, de leurs exploits délictueux. 

En se situant dans le milieu du terrain aride, il pressentit un danger et secoua la tête en négligeant le ressenti. Thomas chassa de ses pensées un mauvais présage et rit entre ses lèvres.

–" Allons je suis jeune et puissant, je ne suis pas une fillette! je n'ai pas avoir peur d'un tout petit signal insignifiant, je vais chasser rapidement tous les rats et les chats qui se faufilent entre mes jambes!je vais les parachuter en dehors du parc! quel merveilleux plaisir!Rigola le garçon bonnement.


                                                       Thomas avança toujours prudemment dans les taillis épineux à la recherche de son ballon. Il ne pouvait se permettre de le perdre car sinon son père ne lui en n'offrira pas un autre. Il sera la risée de tous ses compagnons si il ne le retrouvait! Soudain un hululement jaillit de nulle part, le stoppant net. Il flaira sur ses épaules menues , un froissement sévère de coups de becs intensifs, qui lui lacérait les bras et le visage, et se stupéfia devant le sang dégoulinant contre lui. Il se retourna pour voir mais il ne vit rien venir. Sans doute pensa t 'il , c' était une chouette affolée, et repris avec frénésie ses recherches au plus vite. Quelques estocades auprès des rats lui fit reprendre confiance. Ne trouvant son ballon, il se désappointa, renifla vers les étoiles. Thomas perçut auprès d'un frêne une ombre gigantesque. Une silhouette étrange le regardait, avec des yeux vifs comme les éclairs , le menaçant d'un cri rauque. Un sentiment insaisissable pour lui le fit paniquer de tous ses membres et tremblota en pestant :

"qui peut bien avoir cette allure grotesque ?"ricana Thomas éberlué.

                                                            Il vit foncer directement sur lui une ombre difforme, et compris qu'il voyait un rapace aux ailes de grandes envergures qui tombait sur lui, le blessant avec son bec crochu. Son visage de nouveau à feu et à sang, ruissela vivement. En reconnaissant un aigle , il partit les jambes au galop pour s'enfuir. L'oiseau était effrayant de grandeur et de puissance. Thomas se débattit mais rien ne se fit comme il le voulait. L'aigle continuait à le harceler violemment. Preste, il se coucha à plat ventre sur le sol, en se protégeant le visage, les mains, le corps. Le rapace freina sa course au devant de lui et clama d'un ton impérial :

–" Que le diable t 'emporte mon garçon! depuis le cimetière où je cohabite avec mes congénères, je n' entend que parler de toi!je ne supporte plus que tu massacres des innocents avec ta bestialité légendaire!la foudre devrait t 'atteindre toi et tes copains imbéciles! tu me fais honte! Ne ressens tu aucunement de compassion pour les animaux sans défenses ?

Si tu continues à encenser la cruauté , un mauvais sort va te décimer. Cette une leçon de la vie à retenir jeune crétin! Sache que je veillerais à suivre ton comportement incrédule et tortionnaire.Ne devines tu qui je suis ? allons voyons jeune gamin, je suis le nécromant assurant l' humilité auprès de toute la faune sauvage, un divin si tu préfères , un ange gardien pour eux!  

Comment tu ne me connais pas! pourtant je te visite dans tes songes toutes les nuit, tu ne te rappelles pas! je t' ai envoyé pleins de signaux lumineux,désormais mon garçon si tu trucides encore des animaux , je ne répond plus de mes actes, tu risques même la mort! je t 'aurai prévenu "hurla le rapace tonitruant. 


                                                   Aussi prestement qu'il était venu, l'aigle quitta Thomas la bouche bée! Il le vit partit avec ses grandes aigles noirâtres qui l' étonnait. Thomas épouvanté semblait sentir le sol tremblé sous lui. Il se pétrifia, et resta bien songeur aux paroles ponctuées par l'aigle. Il se remémora le présage en arrivant dans ces lieux. Mais n' avait aucun souvenir de ses songes , il pensait dormir sans rêver! et décida de laisser tomber son ballon, pour aller se précipiter jusque à la demeure familiale. 


                                    Plus les jours passèrent, et plus Thomas réfléchissait en ne croyant pas ce qu'il venait de subir. Il pensa que des hallucinations clignotaient dans ses rêves. Il continua à s' amuser, à rigoler avec ses copains en crânant encore. Mais dans son sommeil , un visiteur fit son entrée fracassante au bord de son lit , le réveillant en sursaut. C' était l' aigle qui revenait pour lui reformuler les bonnes paroles dictées, et le sermonner de nouveau. Thomas écarquilla grands les yeux et effrayé, promis en jurant que jamais plus il ne toucherait un animal. Trempé de sueurs , il se leva  se remémorant la séance tenante , et avait bien reconnu le même aigle qui l'avait menacé dans le terrain vague. Désormais il prit vraiment peur, et devint un gentil garçonnet. Il repris le chemin de l' école, refusa de batifoler avec ses anciens copains, il leur fit la morale en contant les faits. Ses camarades rigolèrent , ne le croyant , et des rires fusèrent de tous les côtés. Pourtant Thomas avait changé de comportement, ses parents le regardèrent stupéfiés! Il se mit à défendre les animaux et les secourait dès qu'ils se blessèrent. D'ailleurs au bout d' un certain temps , il ramena dans son logis dans un panier, des chatons affamés. Thomas les veilla délicatement comme une mère, très attendri , en se surprenant de sa métamorphose. Il poursuivit le chemin vers son adolescence en guérissant tous les chats, les oiseaux, les rats du quartier.


Fin


Véronique henry
Décembre 2017


22/12/2017
8 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser