poesieirisienne- véronique henry -poésies classiques

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L' éternité de la nuit.

 

 

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Les rues abondaient d'individus  dans la citadelle fortifiée dès les premières lueurs de l' aube. La braderie attirait révélant l' immensité de la foule cosmopolite qui défilait devant les échoppes nombreuses sur le parvis dallé. Il faisait déjà  chaud sous le soleil de  juin et la placette se remplissait d'une foule bigarrée, curieuse. Les paysannes sous leurs chapeaux de paille transpiraient abondamment, et souriaient enjouées à la vue de la clientèle qui se pressait pour acheter leurs légumes peu onéreux. Les étales rutilaient de fruits et légumes variés. Les cloches de l' église sonnèrent neuf heures . Une ribambelle de mioches accourait le long des trottoirs et se pourchassait dans un allègre désordre. Certains villageois se rafraîchissaient sous l'immense allée de platanes et de tilleuls fleuris. L'ombre était une denrée choyée, où les terrasses des cafés se gorgeaient d'une population assoiffée. Les cigales dans la pinède proche grésillaient en remuant leurs ailes perlées, et leurs chants résonnaient parmi le maquis ensoleillé. Auprès d'une fontaine ourlée de mousse , l' eau chuintait un refrain perceptible au milieu des pâtis qui se doraient face au levant. Sur un sentier poussiéreux, une bicyclette gisait sur le sol, esseulée. Une de ses roues tournaient dans le vide sans propriétaire. Quelques tâches rougeâtres gisaient éparpillées autour. Aucun randonneur ne se promenait à cet endroit précis. C' était plutôt un sentier que l'on n'empruntait que rarement, car il se situait dans une zone aride aux pâtures.  Une effraie hulula du vieux beffroi signalant un imminent  danger. L'air encensait le thym, la sarriette et la lavande qui croissait dans les prés. Entre le bourdonnement des insectes et le chahut des villageois, la Provence rayonnait et ne se doutait qu'un drame apparût dans ce charmant village.   


                        Le marché terminé en début d' après midi se dépeupla. Bientôt le bourg se réappropria son calme légendaire auprès de la sieste ancestrale, dès que la lumière brûlait les corps et les esprits. Des garçonnets s' aventuraient pourtant sur leurs terrains de jeux favoris. Ils aimaient tant se divertirent auprès des collines vallonnées, et s'isoler dans le fourrage des vieilles remises. Aucuns de leurs parents venaient les chercher mêlés dans le foin. Un torrent près d'un moulin effondré leurs étanchait la soif et la sueur sur leurs fronts sablonneux. Au cours d'un cache-cache derrière les ronciers du muret, ils se rejoignaient et s' entrechoquaient dans des fous rires à gorges éployées. Le plus menu de la bande traîna et rechigna à cause de la chaleur étouffante. Il se nommait Gaston et ruisselait de partout. Il fit un détour pour aller boire au ruisseau. Tout en savourant l' eau froide sur sa bouche, d'un geste brusque il se paralysa, et fut transi d' effroi dès qu'il vit une frêle jambe dépassée des hautes herbes. Gaston fureteur se baissa et comprit qu'il avait trouvé le corps d' une poupée . 

–« À qui peut bien appartenir ce jouet, à une fille sûrement, mais laquelle ? Toutes les copines du bourg en ont pleins les coffres, mais celle ci me dit pourtant quelque chose, oh je la reconnais, elle appartient à Manon ! » s' exclama Gaston estomaqué . Il cria auprès de ces camarades, avec ses petites mains il les fit se diriger vers lui. Suspicieux, interrogateurs tous la mirèrent , la contemplèrent étonnés.


                      Denise en étalant son linge mouillé sur le fil s' alerta de ne pas voir venir sa fille depuis un long moment. L'heure avançait et l' après midi touchait à sa fin dans la ferme. Il était plus que temps de revenir au foyer familial. N'y tenant plus, elle prévint le père d' essayer d' élucider la disparition de Manon. Ce n' était encore qu'une fillette de huit ans, mais elle était dégourdie et n' avait peur de rien. La mère frissonna malgré la touffeur de l' été et présagea le pire. Dans sa cuisine propre et coquette, elle étouffa et marchait autour de la grande table en bois en faisant de grands pas. Le père alarmé commença de fouiller, d' appeler Manon dans les terrains qu' elle adorait fréquenter. Aucune réponse ne vint troubler le crépuscule. 

–« Ou est elle passée la petite ?, à cette heure de la soirée elle devrait pourtant rentrer à la maison ! » gronda le père anxieux et en colère. 


                      Gaston et ses copains ne recueillirent que cette poupée, et en inspectant les alentours ils ne virent plus de jouets ni autres bagatelles de Manon. Cela les rassura et Gaston garda l'objet dans ses mains en haussant les épaules, puis la reposa sur le sol au creux d'un arbre mort.  Avec ses amis ils continuèrent leurs espiègleries, et soudain découvrirent un éclair lumineux qui reflétait la lumière du soleil au détour d'un sentier. Une bicyclette résidait sur les cailloux. Sitôt ils reconnurent le vélo de la petite Manon, et l' appelèrent sans avoir d' écho en retour. Ils farfouillèrent l'endroit avec précaution, crièrent le prénom de la petite mais toujours sans succès. Gaston angoissé vit au bord du chemin des gouttelettes de sangs séchés. Ils comprirent que Manon avait dû chuter, se blesser, où se mettre en danger devant un individu malfaisant. Les garçons s'inquiétèrent de plus en plus, ils étaient tous chamboulés et se lamentèrent. Malgré leurs voix retentissantes qui bondirent dans les creux des ravins, Aucune ombre ne s' agitait. Le territoire touffu, dense, se perdait au fond de l'horizon montagneux de la garrigue. 

– « Comment dépister le cheminement de la petite ? » pensèrent t' ils effarés. Ils se séparèrent pour mieux essayer de cueillir des empreintes dans les recoins les plus sombres, mais il n'y avait que des broussailles épaisses, drues qu'ils fauchèrent hardis et impuissants devant leurs frayeurs grandissantes.   


                      Dans la bourgade au crépuscule, Denise très affolée demanda de l'aide auprès du voisinage. Avec le père ils partirent avec les chiens dans le maquis qui s' assombrissait. Reniflant un peu partout ils aboyèrent, furetèrent le sol cendreux. Les paysans hurlèrent le prénom de Manon. Mais seul le frémissement des arbres leurs répondit. Ils se dissocièrent pour mieux entreprendre les recherches. Après quelques heures passées, ils ne virent toujours pas la petite. En revenant dépités auprès de leurs fermes, ils décidèrent d' avertir la gendarmerie, car en causant entre eux , les fabulations sur la petite allèrent bon train ! 

–« Manon a été enlevé , cela ne fait aucun doute, allons ne traînez pas messieurs, il faut d'urgence aller prévenir les secours , peut être est t' elle tombée d'un ravin et ne peut marcher!» rumina le père



L'incident déclaré hâtivement, se déployèrent les carabiniers avec des torches puissantes autour de la vallée déjà embrunie. Un léger voile nébuleux se soulevait auprès des chênes nains, et les chiens ne reniflèrent aucunes traces de Manon. Gaston et ses copains rentrèrent sans avoir trouver le moindre indice, et virent le village affolé par la disparition. Ils détaillèrent auprès des gendarmes l' emplacement du vélo près du moulin, et du sang sur la terre, et leurs fouilles négatives autour de l' endroit. Affamés , fatigués ils revinrent à leurs domiciles familiales tous en restants fracassés de la terrible nouvelle.  Denise sachant les faits, se larmoya,  tempêta, hurla contre le mauvais sort qui lui avait pris sa fillette. Les gendarmes revenus bredouilles tard dans la nuit ne purent la réconforter. Ils lui expliquèrent que le lendemain aux premières lueurs, ils reprendront leurs recherches. Elle se prépara à une grosse nuit d'insomnie et avait déjà la migraine qui pulsait sur son front. L 'effraie dans le clocher hulula de nouveau et son cri retentit aux oreilles de Denise qui grelotta dans son lit. La nuit lui sembla lugubre malgré le halo lunaire qui éclairait la demeure, pourtant si jolie avec la végétation de ses fleurs qu' elle chérissait tendrement. Gaston dans son insomnie râla en pensant à la poupée qu'il avait laissée dans les bois. Il se promit de le dire à la gendarmerie le lendemain. D'ailleurs il ne ferma l'œil, se retournant souvent dans ses draps en pensant au danger qui pesait sur Manon. Il voyait un homme à la tête hirsute prendre la fillette dans ses bras et lui tordre le cou.


                     Les recherches se répétèrent avec l' ensemble du monde paysan, de la gendarmerie avec leurs fidèles chiens, mais heureusement Gaston n' oublia pas d' expliquer où était la poupée. C' était un élément capital pour les chiens, d'ailleurs ils remuèrent la queue avec une vivacité, et ils reniflèrent l' odeur de la fillette assez rapidement. Ils suivirent une piste dans la garrigue où des lièvres affolés sautèrent dans les fourrés. Le soleil rayonnait de plus en plus brûlant sur les marcheurs qui transpiraient à grosses gouttes. Ne se désarmants, les hommes fouillèrent chaque millimètre de ce vaste territoire. Mais au bout de douze heures, ils ne virent, ne sentirent nullement la petite. Tous se désarmèrent découragés et pétrifiés. Les chiens avaient suivis un ruisseau et puis dans les flaques d' eaux perdirent la trace de la fillette. 

–« Mais pourquoi les chiens ne l'ont t' ils pas repérés ? » Clamèrent t' ils outragés. Pourtant ils continuèrent de fureter les sentiers et les bois, jusqu' au moment où tomba la nuit à nouveau sur le bourg.Les hommes écœurés revinrent encore une fois bredouilles auprès de leurs fermes, et les discussions s' activèrent de plus en plus effrayantes envers la survie de la petite.Ils se méfièrent incompris de ne pas réussir à l' avoir aperçue. Ils rougirent d'une colère noire, s'entêtant à répéter qu'un vaurien traînait au village, et crièrent dans les bars de la bourgade auprès des bières et pastis. Les esprits s' échauffèrent, se querellèrent entre eux. Chacun donnait une version différente. Denise blêmit, vagit en ne voyant sa petite venir. Indignée, offusquée la mère pleurait toutes ses larmes, et ne pouvait aller se coucher. Maudissant tout le monde, elle pestait qu'ils n' avaient commis sérieusement leur battue. Denise se promit que demain, c' est elle même qui irait la chercher, narguant la marée humaine qui s' était formée auprès de sa porte. Avachis de fatigues et d' alcools, les fermiers allèrent se calmer dans leurs gîtes.



                      Manon reprit conscience tardivement dans la soirée. Elle se souvint de s'être écorchée les genoux avec son vélo, de tomber et d' essayer de marcher sur le sentier épineux. Elle boitait, ne sachant où se diriger et trébucha auprès d'une grosse souche. Ensuite elle se sentit avaler dans le vide, en basculant la tête en avant, faisant des roulades à une vitesse vertigineuse pour atterrir dans un profond fossé qui sentait la moisissure. Elle reconnut les vieilles pierres du moulin en hauteur et en eut la nausée. 

–« Comment vais je faire pour me sortir de ce pétrin ? Jamais je n'arriverai à remonter la pente toute seule !  Je n'y vois rien , tout est assombri, »gémit t 'elle en se lamentant.

Son corps tuméfié lançait des signes de courbatures qui fit frémir la fillette. Recouvertes de feuilles , d' épines de pins, elle se secoua pour les retirer et se mit à hurler. Seul le vent dans la pinède l' entendit vagir, et lui répondit en faisant grincer les conifères. Ces bruits effrayèrent la petite encore davantage. Assemblant ses dernières forces, elle réfléchit longuement, et visita la ravine remplie de lierres, de gros rochers moussus et des lianes qui s'entrecroisaient. Avec ses fluettes mains, elle s' agrippa aux racines, et commença une lente ascension qui s' avéra ombrageuse. Plusieurs fois elle glissa, s' érafla les membres et le visage, prête à capituler de désespoir. Mais ayant un caractère plutôt vigoureux, elle ne se laissa pas abattre par les difficultés rencontrées. Des mulots espiègles la contournaient et s' agitaient en lui flairant le museau. Elle les chassa d'un geste vif et recommença à grimper douloureusement. Le terrain faisait glisser ses  pieds menus. En tâtonnant la terre, Manon se retint aux massifs de romarins et de thyms. Quelques chauves souris la frôlèrent tout en poursuivant leurs courses rapides sans l' affoler. Manon connaissait par cœur la nature qu'elle aimait pour venir jouer avec ses copines. Elle craignit de ne pouvoir remonter de la crevasse oubliée, et encouragée d'une intuition tenace, elle réussit avec ses bras de s' arrimer en sa bordure sans regarder le vide qui l' entourait.

– « Ouf pensa t 'elle, enfin j'ai réussi à sortir de ce mauvais endroit ». Mais Manon tituba entre les arbres, tellement que ses jambes lui semblaient douloureuses. Devant la nuit si obscure, elle ne put se guider même à travers les rayons diaphanes. Le hululement des rapaces l' accompagnèrent sans pouvoir la guider. Manon s' assit au pied d'un chêne, essoufflée, glacée par le froid qui la gagnait et s' endormit aussitôt. Elle ne perçut les clartés de l' aube, trop éreintée par l' effort et n' entendit pas non plus les cris des humains. De toute la journée, elle dormit d'un sommeil de plomb sous le soleil de l'été. 

                      
                    Manon cligna les paupières en gémissant.Elle eut chaud  soudainement,et la sueur coula sur son visage barbouillé de poussière. Péniblement elle se mit debout et jubila malgré les écorchures nombreuses qui l' élançaient. Enfin la lumière éblouissait les pins et mut d'un bel enthousiasme, elle marcha en boitant péniblement. Elle était affamée, assoiffée et ne pouvait compter les heures à cheminer. Elle se désorientait face au soleil , ne sachant si c' était le matin où le soir.  À la lisière de la forêt malgré sa vue brouillée, harassée, elle perçut son hameau natal et redoubla d'efforts pour y arriver. Manon n' en eut guère le temps, rattraper par une horde de chiens qui aboyèrent en frétillants joyeusement leurs queues. Ils lui léchèrent, essuyèrent le visage. Elle les reconnut. C ' étaient les chiens de la ferme la plus proche de la sienne. Elle vit courir  au devant d' elle, une forme imprécise qui en se rapprochant était l' allure de sa mère qui s' était levée prestement aux aboiements des chiens. Très vite l'enfant et Denise s' étreignirent en larmoyants, et tout en s' enlaçant fougueusement, elles suivirent le sentier du logis. Il y régnait une bonne odeur de cuisine qui mit l' eau à la bouche de la petite. Sans la sermonner , sa mère lui tendit de l' eau fraîche avec un chocolat bouillant et par la suite lui demanda ce qu'il lui était arrivé. Manon se délecta de lui décrire l'incident, et  laissa soigner ses ecchymoses sans broncher. Elle riait même étant si allègre d'être protégée auprès des siens.  


                        Dans la cour de la ferme à la lueur du petit matin, les hommes avaient tous une mine déconfite et pleuraient de rage en entendants japper leurs chiens. Ils virent bondir au devant d' eux Manon qui sortit de la cuisine. Interloqués, inquisiteurs, ils lui reprochèrent sa disparition avec une voracité effrayante , pulsionnelle. Mais l' enfant guillerette n' en prit ombrage et leurs raconta sa mésaventure. Ils lui déposèrent chacun un gros baiser sur la joue. Le père décida qu'il fallait festoyer le soir devant les retrouvailles avec sa plus jeune fille si vaillante. Un banquet sur la terrasse sertie de bougainvilliers fut servi avec toute la paysannerie du bourg, et ainsi à leurs guises les hommes s'exprimèrent, s' exclamèrent devant le vin qui coulait à flots . Ainsi débuta une nouvelle fête au village dont les pensées resteront gravées pour l' éternité dans la conscience de Manon , de ses parents, et des fermiers maintenant réconciliés.  



Fin
 
véronique henry
Janvier 2018
 
 
 

 

 

 



02/01/2018
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