poesieirisienne- véronique henry -poésies classiques

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NOUVELLES LITTERAIRES


Par une tiède matinée

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Dans la boutique d'un brocanteur, qui jouissait d'une solide réputation dans le milieu parisien, des merveilles du monde entier fulguraient dans un fouillis inimaginable. Il avait rapporté ces objets au cours de ses nombreux voyages en Asie, en Afrique, en Amérique latine. Il adorait chiner auprès de la faune huppée, pour y convoiter des perles rares. Des bijoux trônaient en leurs écrins velouteux, des vases en porcelaine étincelaient sur le comptoir, des masques aux couleurs fastueuses étaient accrochés sur les murs de sa boutique. Quelques meubles anciens en bois de rose fourmillaient à différents endroits de la pièce. Il adorait se pavaner , parader auprès de rares clients qui se présentaient. Passionné par l' art, l' antiquaire rivalisait de convoitises, et de jalousies défiantes parmi tout le quartier. Certains pensaient tous bas, qu'il avait marchandé les prix ainsi onéreux , pour avoir une belle collection, où qu'il avait trafiqué avec la pègre. Le boutiquier aimait particulièrement un service à thé daté du XVIII°s venant de Venise. Il adulait son style baroque ciselé, avec une myriade de tons pastels fleuris, finement sertis d'une ligne de feuille d'or autour des tasses et de la théière. Chaque jour il la contemplait en jubilant, mais aucun client ne semblait attiré par cette vaisselle si délicate. Il n' en comprenait la raison et se désespérait. À la même heure dès le soir, il fermait sa boutique avec un rideau de fer occultant, pour empêcher une pénétration forcée. Puis rassuré, il se dirigeait d'un pas tranquille vers son domicile, en n'oubliant d' allumer un mince cigarillo qu'il affriolait.

 

 

 

 

 

Pendant les nuits, ses chers trésors avaient besoin de remuer. De nombreux carillons sonnèrent, ils s' amusèrent tous follement dans la pièce non éclairée. Sur un vieux phonographe ils écoutaient de la musique. Les vases dansaient, les vieux livres et grimoires s' entrelaçaient. La vaisselle adorée par son propriétaire avait une préférence à voltiger haut jusqu'au plafonnier. La théière ruisselait de goutte de rosée. Jamais elle ne se cognait, ni ne se fêlait en faisant plusieurs cabrioles qu' elle adorait tant. Avant l' aube ils se figèrent sur leurs socles en reprenant leurs places attitrées. Mais un soir la panique se fit sentir. Un séisme effroyable avant minuit ébranla l'immeuble entier ainsi que tous les bibelots.

 

 

 

 

 

Un grand fracas fit trembler la pièce. Apeurés les objets se demandaient d'où cela pouvait t'il venir! Ils se calfeutrèrent sous les canapés en velours grenat. Ils virent des ombres se faufiler parmi eux, et se sentirent très inquiets . Un trou béant fit place auprès du mur principal, entre les tapisseries. Ils comprirent que des intrus étaient parvenus à pénétrer pour les prendre. Un fort relent de poussière grumeleuse, les fit tousser et gesticuler dans leurs cachettes. Ils avaient si peurs qu'ils se tenaient bien serrés entre eux. Les voleurs commencèrent à fouiller , mais subitement la lumière jaillit et les fit partir.

 

 

 

 

Le propriétaire alerté par le voisinage fit son entrée. Il vit effaré le mur écroulé et s' affola. Il se mit à la recherche de ses beaux trésors. Il les compta un par un . Ouf! rien ne manquait , sa riche collection rutilait devant lui , malgré la fumée opaque qui se dégageait. Soulagé il discuta avec les voisins, et appela la police pour les préjudices causés. Il fit un rapport et décida le jour même , de contacter un entrepreneur pour réparer le mur détruit.

 

 

 

 

Après ses mésaventures rocambolesques le boutiquier ne dormait plus la nuit. Il tressautait, remuait et décida de veiller sur son magasin. Désormais il y passa les journées et les nuits entières. Il se couchait le soir sur un canapé confortable en brocart couleur grenat, pour que ses vieux membres soient le moins fatigués. Après quelques heures à surveiller les moindres recoins, il s' endormait d'un sommeil harassé. Le voyant s 'installer parmi eux, ses trésors s'inquiétèrent. Certes ils étaient chouchoutés mais ils ne pouvaient plus s' amuser comme avant. Ils se désemparèrent , puis regardant l' homme profondément endormi, ils reprirent leurs jeux favoris. Jamais un seul instant le brocanteur ne se doutait de ce qu'il se tramait autour de lui dans la pièce. Tôt par une tiède matinée dont la brise annonçait le printemps, un crissement de pneus grinça violemment. Un fracas étourdissant retentit, les vitres explosèrent sous l' impulsion d'un camion pénétrant dans la boutique à vive allure. Sous l' effet du choc, tous les bibelots , meuble, vaisselles furent lamentablement écrasés. Le brocanteur explosa d'une colère injurieuse auprès du maladroit conducteur, et fut pris d'une crise de folie meurtrière. Quelques badauds l' arrêtèrent avant qu'il empoigne le malheureux qui glissait sur ses beaux tapis en cachemire pakistanais. 

 

 

 

 

 

Étant complètement démuni devant les faits qui s' amoncelaient, le boutiquier n' arrivait plus à se consoler du mauvais sort. Il fouilla de nouveau lamentablement son magasin dans un état plus que pitoyable, en prévoyant d' avoir recours à son assurance. Sa femme le voyant dans un état dépressif essaya de le consoler., mais c' était peine perdue . Il l' envoya baladé prestement, et décida encore une fois de vivre en permanence dans sa boutique, malgré son piteux délabrement. Il refusa de boire et de manger, et resta à ruminer éperdu d'un lourd spleen qui le tenaillait. Une nuit dans l' heure avancée, un chuchotis le fit tressaillir tel un long gémissement. En cherchant d'où cela pouvait t'il venir, il s' interrogea puis haussa les épaules. Un léger frôlement le réveilla. Sur un fauteuil bancal sa femme le tira de sa nervosité ensommeillée. Elle tenait dans sa main la théière flamboyante et y buvait un thé. Un éclair dans les yeux vifs du brocanteur surgit, et il resta éberlué. Comment le trésor qu'il aimait le plus au monde, pouvait être avec sa femme. Sa vaisselle était cassée livrée à la poussière depuis le premier incident. 

–« Mon chéri, veux tu une tasse de thé ?

–Je viens tout juste de le faire

– Quand arrêteras tu de grommeler dans ton sommeil pour un rien? »

Le brocanteur soucieux invectiva les alentours, et reconnu très étonné qu' il était dans son appartement coquet. Il lui répondit fermement

–« Que fais tu pauvre folle ?

– Tu m' as volé ma théière!

– Oh que non mon tendre époux , tu ne te rappelles pas que tu viens de séjourner quelques mois à la clinique psychiatrique?»

 

 

 

 

 

 

Fin

 

 

 

 

 

 

 

 


16/12/2017
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Noctambule.

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           Dora ne sent nullement le sommeil l' endormir. Dans sa chambre , elle s' agite, cogite. Elle écoute les bruits qui craquent en la demeure de sa grand-mère, dont elle est esseulée du bourg le plus proche. Sursautant aux moindres courant d' air, Dora se calfeutre en dessous de son édredon, afin de fuir les ignobles cris , qu'elle entend si effrayée. –« Que se passe t 'il ? » murmure t 'elle tout bas sous sa couette. –« D'où viennent ces halètements?». Le vieux logis bouge, tremble, palpite.–« cela ressemble à un tremblement de terre! » se dit t 'elle. N' en pouvant plus, Dora se lève malgré la frayeur qui la serre.  Elle veut comprendre ces phénomènes qui se produisent sous le toit. Elle regarde au travers de la fenêtre entrouverte, afin d' explorer les lieux environnés. Seule la lune la côtoie d'un sourire enjôleur. –« tout est si tranquille, rassure toi » ainsi lui répondirent les bois ourlés de brume. Circonspecte, Dora décide d' explorer le fond de sa chambre et de la maisonnée. En essayant de bruisser ses pas doucement, elle entame l' escalier avec une lampe dans ses mains, sans allumer la lumière du vestibule. Elle se dirige vers la porte de la bibliothèque éclose, et s'enfonce dans son artère pour se diriger directement sur la comtoise. Sa vison louche sur le carillon qui tinte irrégulièrement. Il l' intrigue car le son en est erroné. Le vitrail s' ébranle laissant apparaître une brèche. Interloquée, Dora s' engouffre au dedans sans réfléchir. Un conduit l' aspire en un lieu inconnu et se retrouve au creux d'un arbre.

 

 

 

 

            Un profond hululement l' effraie. Elle ne reconnait pas sa voix qui râpe sur le tronc et constate qu' elle sort de sa bouche. Ses membres rapetissent, son corps s' étoffe de plumes. De grandes ailes s' activent au lieu de ses bras. Dora remue et fait trembler ses rémiges. Elle ne comprend pas et reste incrédule:—« Comment ai je pu me transformer en chouette? » narre t'elle.Remplie d'inquiétude, elle essaie de se débattre.–« Ce n' est pas drôle» jure t' elle. Mais ébahie , ce nouveau jeu l' amuse follement et lui fait découvrir de nouveaux horizons. Auprès d'un trou, elle s' aventure , se penche, déploie ses ailettes pour s 'envoler face à la nuit qui l'intrigue. Craintive, mise sur ses gardes, elle fut transportée au milieu des cimes des bois touffus. Cet essor la rend avide et elle ne ressent le vertige qui pourtant lui donne la nausée. Entre deux arabesques, Dora se repose sur le bord d'une branche. Et pourtant les arbres denses s' allongèrent, se déformèrent face à ses yeux perçants. Soudain le tonnerre résonne en la vallée et fait trembloter son tendre duvet.

 

 

 

 

 

            Un éclair vrombit, s' allume de mille feux. Dora est encerclée par un brasier. Elle crie à l'aide! ses ailes brûlent. La panique la gagne, la fait haleter, elle essaie de s'enfuir.Mais Dora est engluée au rameau. Abasourdie, choquée, enfumée,elle ne voit un dragon venir. Il la regarde inquisiteur et lui tonne d'une parole tonitruante–« Que faîtes vous dame chouette sur ma trajectoire?–« Ne savez vous pas que cet endroit punit les étrangers!» clame t 'il. Dora se débat et crachote de la suie qui l' étouffe. D'un geste vif, il appelle la pluie pour éteindre son brandon.–« Je me suis perdue monsieur– « Je ne voudrais pas vous offenser mais la forêt est si immense» répondit t 'elle outragée.Vexé le dragon râleur lui tourne le dos et part haut dans le ciel. Dora hagarde peste et le maudit–« Qu'il aille au diable celui-ci!» Entre les relents de fumées noirâtres, elle décolle du tronc hirsute et chemine sans prendre garde à ce qui lui a dicté. Soudain elle pleure famine, et cherche une proie comestible sur le sol et les buissons.Elle fond prestement sur un rongeur, le saisit dans son bec crochu. Attisé par le bruit, elle voit épouvanter arriver sans sa direction, un long serpent qui ondule et court très agile. Avec sa langue fourchue il la mord. Dora tremble penaude et transie. Son long sifflement la terrifie et l' hypnotise. Le serpent s' étonne de la rencontrer sur son territoire. Il voudrait bien la manger toute crue! la semonce est atroce. Malgré le venin agissant , elle s'agite, éternue, sanglote, couine,se lamente, crie à l'infamie, et rugit devant lui – Qu'une petite fille ne pouvait être son repas. Il rit aux éclats, pouffe hilarant. Les écailles du python la griffe et la font souffrir, hurler de douleur. Il gonfle sa gorge prêt à l' engloutir. Mais Dora ne semble vaincue même sous l' effet de la torpeur.Elle lui crache dessus, le pince, l' étrangle avec ses anneaux.Dora s' empare de sa langue, qu'elle tord comme un torchon. Une lutte acharnée s' amplifie entre eux, et le serpent ne se méfie pas assez de la petite chouette. Il se retrouve complètement entortillé au bord de l' étouffement. Il meurt asphyxié! le poison inhibé n' a servi à rien auprès du corps de Dora. Au contraire , elle en est toute guillerette et saute de joie. Or la forêt dans un friselis se mit à s' ébranler, à vaciller dans une allure méconnaissable. Les fougères s' agrandirent pour atteindre le sommet des arbres. Les mousses accrurent avec une voracité affolante, qui fit hurler Dora et qui se sauva.

 

 

 

 

 

           D'un geste vif la porte de la chambre s' entrouvrit. Sa grand-mère étant très inquiète, la questionne en la voyant si blême–« Oh mamie au secours!–« Où suis je ?» pleurniche Dora–« Ce n' est rien allons, c' était un cauchemar sans doute que tu as fait» Dora ouvrit grand les yeux et regarde autour de son lit. Elle constate qu'elle n' était plus habillée de duvet. Pas de forêts étranges, ni d' animaux farfelus. Soulagée elle scrute l'aube qui pointe le bout du nez! Ce tableau la réconforte , elle s' endormit presque aussitôt, le front suant de perles d'eau. Des rayons pénétrèrent irisés de couleurs mauves et rosées,sur le visage enfantin balayant ses mèches blondes.

 

 

 

 

 

            Dora tressaillit au bout d'une heure recouchée.Une secousse bouleversa son repos. Intense, chaotique, le lit se cabre brusquement, se soulève et flotte. L'enfant reste estomaqué–« Que m' arrive t' il ? ; Il se met à tournoyer, formant un sillon où Dora est projeté au travers de la fenêtre, elle en est déroutée.Planant dans l' éther empourpré, elle ne comprend toujours pas ce qui lui arrive. Son corps se déforme , s' étire , se gonfle tel un ballon.Une montgolfière, la voici habillée mais non en animal. Elle essaie d'en percer le tissu, et voit qu' elle est seule dans le panier.Très angoissée, elle s' égosille, hurle, fulmine–« Descendez moi d'ici !–« Je ne suis qu'une enfant!» Un rire sépulcral lui répond sardonique, mais d'où vient t'il ! pense Dora mitigée.En y cherchant une cause elle est horrifiée. Soudain apparaît un monstre titanesque qui vole à ses côtés.Une licorne s' écrie Dora impressionnée.Avec des voilures béantes la bête la suit, la somme de se taire. —« Comme est affreuse et me fait peur, elle ne ressemble nullement à ce qui est décris dans mes livres! » pense Dora. La licorne lisant dans ses pensées , la rappelle à l'ordre d'un ton menaçant.–« Pourquoi as tu transgressée nos lois? pauvre idiote, tu n' avais pas le droit de t' aventurer dans la forêt, tu n' as pas suivie le conseil du dragon!» tonne t 'elle.–« Maintenant je vais être obligée de t 'éloigner, de te mettre dans une cage, pauvre insolente!» éructe la licorne. Mais Dora proteste, tempête une nouvelle fois.

 

 

 

 

 

 

             À force de bouger, Dora tombe du panier et demande de l'aide. Elle traverse le toit, atterrit directement dans sa mansarde , qu' elle crève à son tour et se retrouve dans son lit , sonnée effarouchée. La bête la poursuit toujours redoutable, sinistre. Elle bave et gronde–« Mais enfin quand arrêteras tu de gesticuler» lui dicte une voix glaciale, éraillée! Ce timbre refroidit la fillette et l' emplit d' effroi. Le râle est si sordide que Dora est pétrifiée–« Si tu continues ainsi , je vais te saucissonner avec des cordages! » Une ombre indistincte , hideuse, la regarde et Dora a les yeux écarquillés.

 

 

 

 

 

 

            Sa grand-mère l' épaule doucement–« Oh Dora tu sembles bien fiévreuse susurre t 'elle. Encore engourdie, la gamine répond faiblement, car elle a la voix aphone , brisée–« Oh mamie je n'ai fermé l'œil de la nuit, tellement le livre que tu m' as offert m' a plu – J'ai tout dévorée d'une seule traite!» L' enfant semble émerveillé et l' embrasse sur la joue. Puis ensuite à l' appel de sa grand-mère qui résonne dans la cuisine.  Dora se lève de son lit en baillant et entend frapper, taper. Elle se sent aux aguets et craint soudainement le pire pour sa mamie adorée. En approchant d'un chocolat fumant , Dora éclate de rire , en voyant le hachoir de mamie trancher le coup d' un poulet où volette un panache de plumes.

 

 

 

 

 

Fin

 

véronique henry

 

 

 

 

 

 

 

 


03/12/2017
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