poesieirisienne- véronique henry -poésies classiques

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CONTES


Sur le sol sibérien

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Le blizzard insufflait sa rugosité et la neige dessinait des arabesques sur la toundra glacée. Un froid mordant piquait, haranguait la frondaison la couvrant d'un épais tapis cristallisé. Sous les tourbillons cotonneux les chevaux peinaient et les hommes aussi. Leurs traces furent balayées, happées en l' éther roidi. Ils avançaient péniblement face à la pesanteur des rafales qui les fouettaient, les mordaient de mille feux. Les cheveux rugissaient de leurs naseaux givrés, et les humains transis grelottaient malgré leurs lainages. Aveuglés par le poudrin écumant, ils avaient des difficultés à tenir leurs allures droites, et souvent plièrent les genoux sous les assauts tempétueux, et maintenaient fermement la bride des petits étalons qui s' agitaient nerveusement. Infatigables pourtant, leurs pas se cramponnaient au sol empâté devinant qu'ils logeraient bientôt dans les yourtes familières, qui les réchaufferaient des morsures extrêmes causées pendant l'hiver si long qui demeurait en Sibérie. La nuit s' étoffait durant plus de neuf mois, et les nomades acclimatés s'endurcissaient un peu plus au fil des années. Tous pensaient aux repas et thés bouillants, que leurs femmes préparaient avec ardeurs en les attendant rentrer de la pêche. Les phoques sur la banquise pullulaient à foison, et les hommes fiers sur leurs traîneaux accompagnés de leurs chiens et chevaux avaient hâtes de se reposer.



Des lumières scintillaient sous l' horizon vermeil annonçant que le campement n' était guère éloigné. Ils reconnurent les lieux et filèrent joyeusement vers leurs logis, malgré les bourrasques venteuses qui les oppressaient. Les chiens frénétiques sentirent un bon fumet de ragoût et se bousculaient en jappant. Enfin arrivés, les hommes guillerets se débarrassèrent de leurs sacs, détachèrent les chiens, et leurs donnèrent à manger ainsi qu' aux chevaux. Les femmes souriaient chaudement habillées de fourrures, et leurs servirent assez rapidement des soupes poissonneuses qu'ils savourèrent devant un foyer brûlant de bois sec. Ils rigolèrent entre eux réjouis d' avoir contrés le mauvais temps. Les petits émerveillés gambadaient autour de l'âtre avec leurs jeux favoris. La veillée s' allongeait sous les rires et les bavardages constants jusque tard en soirée. Une fois les petits couchés, les inuits exténués ne traînèrent et se couchèrent sous leurs pelisses chauffées. Dehors les étoiles illuminaient leurs bivouacs, et les chiens recroquevillés dans leurs poils veillèrent sur la fratrie.



Des hurlements lointains résonnaient sur l' ensemble de la steppe enneigée. Personne n'en prenait garde étant habitué à ces sons si naturels et dormaient tous d'un sommeil paisible. Un grand fracas sonore retentit auprès d'une yourte, tel un bruit de gamelle renversée.Les chiens aboyèrent férocement, les mustangs hennirent dans l' enclos et le chef des nomades bondit comme un éclair. Il sortit à l' extérieur, fit un tour autour du campement, mais ne vit rien d' anormal et rentra se glisser sous ses douillettes fourrures.

–«C' est sûrement un renard affamé qui rôde dans les parages» pensa t 'il et se rendormit aussitôt. Les chiens continuèrent de gronder en sourdine les poils et les oreilles dressés. Les chevaux restèrent fébriles et piétinaient la paille sous leurs pieds. Une longue plainte s' entendit au fond de la contrée. Seul le vent rageur répondit en écho gonflant les tentes, sifflant sur les poubelles et les bouscula. De légères foulées se répandirent avec des râles essoufflés, et les chiens jappèrent ainsi que les cheveux. Une lutte acharnée éclata férocement parmi les chiens hurlants. Des tons hargneux percutèrent le silence autour du camp, du sang gicla sur le sol, des poils arrachés volèrent.Un des chiens se mit à vagir douloureusement et se coucha sur le sol. Les nomades réveillés par surprise prient leurs fusils et bondirent hors des tentes. Ils ne purent que constater qu'ils étaient encerclés d'une horde de loups menaçants, montrant leurs crocs, les poils hérissés.





Horrifiés de ne pouvoir les compter, ils comprirent qu'ils étaient trop nombreux pour eux, et pressentirent que les loups affamés s'en prenants aux bivouacs ne voulaient que se restaurer. Déconcertés par cette attaque gigantesque qu'ils n'avaient connus jusque à présent, ils tirèrent en l' air pour les faire déguerpir, mais les loups non effrayés ne bougèrent. Les canidés ne décampèrent et les hommes comprirent qu'ils avaient sentis les phoques tués pendant leurs chasses. Après maintes réflexions entre eux, le chef décida d' éparpiller quelques phoques en plusieurs endroits éloignés du campement. Les loups se précipitèrent sur la viande fraîche et la dépecèrent. Les hommes assistants à cette scène incroyable les regardèrent et ne les défièrent. Ils avaient bien flairés ce que les bêtes réclamaient et jubilaient de savoir qu'ils ne seraient attaqués. Le pauvre chien blessé sur le sol glapissait plus fort et il fut soigné prestement. Les femmes et les enfants assistèrent médusés aux altercations et n'osèrent s' approcher. Presque tous les phoques furent dévorer, une fois repus les loups contemplèrent les humains tranquillement et s'enfuirent dans la toundra forts silencieux. Un seul des loup se recueillit devant les hommes sans les défier, il poussa un hurlement de satisfaction vers la lune roussâtre et déguerpit vers ses congénères. Le chef des nomades comprit que c' était le chef de la meute et poussa un soupir de soulagement en le voyant partir.





Le matin même les inuits plièrent bagages et décidèrent de s' aventurer sur la steppe alourdie à la recherche d'un endroit plus protégé pour eux et leurs familles. Ils constatèrent que leurs ressources en viandes avaient diminuées considérablement. Dépités mais ravis d'être en vie, ils pensèrent qu'ils avaient échappés à un carnage et ne regrettaient leurs gestes. Ils découvrirent au bout de quelques kilomètres, des monticules élevés qui pourraient mieux les abriter. Ils bivouaquèrent et reprirent leurs chasses aux phoques. Tard dans la nuit ils purent se restaurer tranquillement face à la chaleur du feu, en commémorant aux plus petits la sagesse de leur épopée. Le lendemain poussant un peu plus sur la banquise, ils virent au loin de grands ours. Les hommes évitèrent de les rencontrer, les laissant chasser la nourriture qui leurs conviendraient. Avec patience et admiration, ils s' exaltèrent à voir les ours attrapés leurs proies. Ils attendirent qu'ils finissent leurs repas et les virent partir doucement vers d'autres horizons foisonnants de chaires fraîches. Puis les nomades le soir venu racontèrent à leur tribu les faits. Les enfants écoutèrent dolents et radieux.



Mais les humains constatèrent avec les années, que la banquise reculait, que les hivers s' adoucissaient un plus vite à chaque saison hivernale et sentirent une mauvaise augure se pressentir sur eux. Aux cours de leurs veillées, ils se concernaient souvent sur ce préoccupant phénomène. Pour combien de temps encore ils auraient avec les animaux de la nourriture à volonté. Que pouvaient t' ils exécuter avec leurs propres raisons. Absolument rien ! Pensèrent 'ils, simplement quitter leurs bivouacs et devenir sédentaires, ils le refusaient intensément et s'y opposèrent. Dans la nuit frissonnante au cours de leurs sommeils, ils écoutèrent mugir des ours près de leurs bivouacs mais ils ne bronchèrent. Ils savaient tous qu'ils passaient leurs chemins sans devoir les attaquer car les ours étaient plus que gavés. Et ils comprirent que la menace s' avançait sur eux, sur leurs environnements et en furent plus que déconcertés. L'aube les réveilla transis dans leurs inquiétudes et flairèrent le dégel qui débuta prématuré comme ils l' avaient prédis.





 

fin

 

véronique henry

janvier 2018

 

 

 

 

 




20/01/2018
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Amnésique

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Repliée, couchée au milieu de ses draps satinés, Sylvie pleurait de grosses larmes dans sa chambre tamisée d'une lumière douceâtre. Depuis le soir venu, son chagrin débordait et coulait à flots. Une affreuse migraine pulsait son front livide et ses yeux rouges vifs lui brûlaient. Une violente dispute en était la cause avec ses parents dans l' après midi même, au sujet de ses fugues solitaires qui l' emmenaient loin dans cette région montagneuse, où elle affectionnait particulièrement l' escalade. En rentrant au logis, sa mère l'avait mirée la voyant si pâle, décoiffée, assoiffée, et ne comprenait l' émotion de sa fille qui se manifestait trop étrange à son goût. Sylvie ne parlait ni hochait la tête envers les questions réponses de ses parents. Déconcertés, impatients de son absence de paroles, ils la grondèrent, et fâchée Sylvie se réfugia dans son lit sans prendre le repas du soir. La nuit étant longue devant son insomnie et ne se calmant, elle se remémora la scène qu'elle venait de vivre, apeurée, effrayée d'une vision perçue qui engluait sa conscience.

 

 

– Pendant l' ascension dans l' après midi même, entre les drus rochers, ne prenant aucun risque, elle escaladait d'un pas léger les difficultés rencontrées, se sentant d'une belle forme pour monter la paroi vertigineuse qui ne l' angoissait. Au contraire Sylvie prenait avec un grand délice son échappée solitaire, la vue magnifique l' attirait , la reposait. Le vent dans ses cheveux ébouriffés caressait son visage en sueurs, et la rafraîchissait. N'ayant le vertige son sourire rayonnait sous la luminosité d'un soleil radieux, et la comblait dans son excitation à grimper.Une fois agrippée au sommet affûté, elle se mit debout, fière d'être privilégiée au panorama qui s'offrait au devant de ses pieds. Les chaînes alpestres rutilaient et leurs dômes enneigés se paraient dans l' azur bleuâtre. Enfin comblée, elle s' assit pour mieux y savourer une plénitude qui l' exaltait. Sylvie distingua plus bas , dans les cailloux un point indistinct. En prenant ses jumelles, elle vit un sac à dos déchiré et plus rien autour. Sans doute un sac perdu pensa t 'elle brièvement. Mais redoublant de vigilance avec ses jumelles, elle inspecta les parages. Elle ne vit rien et se mit à redescendre l'autre versant face Nord. Auprès de son cordage en rappel, soudain elle vit un corps pantelant, déchiqueté, qui dansait macabre au bout d'une corde. Sursautant, saisie d' effroi, se retenant de crier, Sylvie essaya de l'identifier sans affirmation positive. Elle prit son mobile appelant les secours pour les diriger vers le corps de l' alpiniste mystérieux.

 

 

 

L' hélicoptère dans un bruit fracassant, s' activa autour de la montagne et le repéra. Un guide alpin avec un harnais descendit auprès de lui et le remonta dans l' appareil. Sylvie fit de grands gestes pour les remercier et dévala la pente nettement plus guillerette, curieuse de comprendre. Arrivée dans la sapinière étoffée qui l' entourait d'une brume opalescente, des frissons la faisaient grelotter dans le silence feutré, et elle se questionnait car aucunes disparitions n'avaient retenti dans la région ces dernières années. Précipitant sa foulée dans les sentiers résineux, elle réfléchissait et en devenait perplexe. Dans la bourgade , les curieux en voyant l' hélicoptère déblatéraient entre eux et ne voyaient d'un bon œil l'incident causé. Ils discutèrent en passionnés avec de grands gestes amples, chacun voulant donner une version différente de l'autre.Ils s' affolaient et abusèrent des paroles volées auprès des commérages. Le journal local édita spécialement pour l'inconnu retrouvé, une large rubrique dans ses premières pages. Une découverte plus que surprenante , un corps non identifié suspendu à un cordage est décédé.

–Que faisait t' il dans cet endroit désertique ? Depuis combien de temps son accident ? l' enquête piétinait devant aucunes disparitions connues : écrivit un journaliste.

 

L'ambiance dans la région se fit effervescente, chaotique à l' annonce faite. De nombreux journalistes se manifestèrent auprès des curieux, des anxieux et du bagou de certains. L'air se plombait d'une nocivité déroutante devant le manques de preuves. Sylvie dut conforter son témoignage auprès de la gendarmerie, qui lui dicta que l' enquête suivait son cours et il fallait attendre les prélèvements d' ADN pour en savoir un peu plus sur l'individu. Attentive aux débats portés dans le village qui prenaient une tournure malveillante , angoissante pour les gens, elle s'interrogeait toujours sur sa provenance et sur la date de l'accident, et tout en regagnant le chalet inquiète, elle revoyait le corps se balancer dans le vide auprès de ses pensées. Elle fureta vite fait sur son ordinateur les événements marquants sur le territoire , dans sa chambre douillette où l'âtre brasillait de grosses branches, mais ne trouvant rien de suspect, elle se consola dans son lit, malgré l' affreuse dispute avec ses parents . Ne dormant Sylvie se remémora la journée passée, se retournant agitée dans ses draps et ne comprenant le pourquoi de son anxiété. L'incident la ruminait lamentablement, en imageant la séance devant ses yeux exténués. Elle s'endormit d'un sommeil de plomb sans y douter une seconde malgré un orage puissant qui résonna dans toute la vallée.Des trombes d' eaux dévalèrent les venelles de son quartier sans qu' elle l' entende.

 

Le lendemain matin en buvant son café, Sylvie se frottait les paupières encore enfarinées de la nuit défilée. Un bruit frappé à la porte d' entrée figea son attention. Ses parents étant partis tôt à leur travail, elle était la seule dans le chalet et ne répondit. Un journal fut déposé devant le seuil, elle le prit en regardant qui lui avait apporté, mais ne vit aucunes ombres aux environs. S' est sûrement le facteur ! Murmura t 'elle. Soucieuse elle débuta sa lecture et fut arrêtée précipitamment devant les faits annoncés.Un mystérieux corps découvert dont il est encore de nos jours impossible à identifier, rédigea le journaliste saisi de cette affaire. Éberluée, secouée Sylvie réfléchit subitement bien réveillée,

––Comment est ce possible ? Se lamenta t 'elle. N'en pouvant plus elle s' habilla prestement et sortit dans le village pour aller pêcher d'autres nouvelles. Les commentaires au marché, aux terrasses communiquèrent d'une allure frénétique. Mais à part les ragots journaliers, elle n' apprit rien de concret et se paniqua de ne rien savoir. Cela l'irrita même et l'oppressa, ayant un nœud à la gorge sans en comprendre la raison et sa nervosité grandissante lui pesait. Sylvie ne voulut rencontrer aucunes de ses amies, et rentra dans sa demeure cloîtrée au lit. S ' étant assoupie pendant plusieurs heures, elle n' entendit ses parents revenir. Ils frappèrent à la porte de sa chambre, inquiets de la conduite anxiogène de leur fille, ne voulant leurs parler ni les voir. Sylvie hébétée , remuait ses impressions telle une pauvre folle, les ressassant dans une boucle infernale. Plus l' après midi s' étirait vers le soir et plus, le comportement de Sylvie dépérissait. Elle refusa même de boire et de manger, de se laver, d'ouvrir simplement les persiennes, trop déboussolée , effarée dans ses vision perçues au fil des jours.

 

 

Avec grandes peines, ses parents réussirent à forcer le verrou et virent leur fille étendue les membres épars sur le lit, telle une poupée désarticulée. Ils s'approchèrent et remarquèrent que son visage était blafard, que sa poitrine ne s' amplifiait et décidèrent d' appeler les secours. Affolés devant cet épisode , ils n' en comprenaient le raisonnement. Les médecins diagnostiquèrent une forte prise médicamenteuse dont des tubes vides traînaient sur la moquette, et la conduisirent au plus vite dans un centre de soins. Les parents furent convoqués à la gendarmerie pour éclaircir l' étrange individu découvert en montagne. Ils y apprirent l' identité masculine du défunt, et la liaison commune avec leur fille. Mais ils expliquèrent qu' ils ne connaissaient cette intimité et en demeuraient stupéfiés, et conversèrent fort nerveusement sur le comportement de leur fille depuis quelques temps. Les inspecteurs déposèrent quelques objets devant eux, une écharpe rose et des traces de cheveux appartenant à Sylvie. Interloqués, les parents furent navrés d' assister devant une interrogation inconnue à leurs yeux. Comment avaient t' ils pu être aussi aveugles , pourquoi  avait t 'elle menti.

 

 

Sylvie au bout de quelques jours réussit à sortir de son état comateux, la bouche sèche et pâteuse, la peau moite. Aucuns souvenirs ne se rallièrent, elle inspecta la chambre de l'hôpital éberluée en se demandant qui elle était. Les soignantes le lui rappelèrent, ses parents aussi mais ils furent très vite dépités devant sa mémoire défaillante. Les médecins les avaient rassurés en leurs disant que l' amnésie serait provisoire, et provenait d'un choc. Elle serait donc soignée par de l' hypnose. Elle déambulait dans les couloirs complètement perdue des stigmates qu'elle ne reconnaissait. Même avec la gendarmerie, elle ne put certifiée, mémorisée l'individu qui était son amant, l'incident causé et sa vie intime depuis sa naissance. Vaseuse, embrouillée, les nerfs à vifs, elle était sans repère.

–Aucune consolation possible  se lamentait t 'elle pendant des journées entières qui lui paraissaient longues, désabusées. Au cours de la première séance d'hypnothérapie, n' y croyant, elle se laissa guider par la voix de la psychologue et au fil de l' heure, sa rêverie vit des images défilées, la montagne, un campement, un homme jeune la regardant. Puis avec les successives, se sachant plus confiante, un film se rendit plus précis, intact dans sa chair qu'elle se mit à gesticuler, à hurler. Sylvie décrivit une scène qui l' étouffait, encouragée par la soignante, elle détailla les menus détails malgré l'emprise émotionnelle qui la tenaillait . Un homme avec un pull over rouge l'avait pris dans ses bras, et l' étouffait à lui briser les os, et essayait de l' embrasser vigoureusement, en essayant de la déshabiller frénétiquement. Elle se débattit folle de rage et de peur, échappant à son violeur présumé. Dans la nuit, cachée dans une coulée, elle attendit fermement sa proie en silence, couchée dans son hamac près d'un feu. Profitant que son dos était retourné, elle le poussa en découplant sa force vers un précipice, et l' homme dans un cri glissa sur la pente vertigineuse et le choc du corps retentit. Sylvie se réveilla de la séance en sueurs, criant, hurlant, secouée de violents sanglots. Elle crut avoir des hallucinations mais comprit horrifiée le macabre incident et vit le visage de son compagnon qu'elle reconnut aussitôt complètement effarée, et reconnaissant le secret de sa nervosité, Sylvie se mit à gémir longuement, douloureusement.

 

 

Maintenant que sa mémoire se joignit, Sylvie n' était pourtant réconciliée avec ses souvenirs. Trop de douleurs, de sanglots éplorés lui pourrissait le quotidien, et réalisa avec l' entretien du procureur toute la dimension de son acte meurtrier. Aucun échappatoire, en ayant avouée les faits malgré les circonstances atténuantes, elle resterait privée de sa liberté pendant un moment. Dans le centre qui l 'hébergeait et qui la soignait, sa santé mentale fut fortement ébranlée et ses forces lui manquèrent un peu plus chaque jour, refusant de s' entretenir avec ses parents, ses amis. Elle se réfugia dans un profond silence, muet, souffreteux., n'ayant plus d' appétit ni la soif de continuer à vivre.

 

Par un temps clair et magnifique, les parents de Sylvie apprirent sa mort brutale au centre. Ayant profité d'une absence de surveillance, elle se sauva dans le parc, croisant une voiture et se jeta dessus avec violence et fut brisée dans son élan. Son frêle corps vola, se cabra pour atterrir sur la pelouse inerte et son cœur ne pulsa plus jamais.

 

 

 

          fin

véronique henry

Janvier  2017

 

 

 


10/01/2018
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L' éternité de la nuit.

 

 

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Les rues abondaient d'individus  dans la citadelle fortifiée dès les premières lueurs de l' aube. La braderie attirait révélant l' immensité de la foule cosmopolite qui défilait devant les échoppes nombreuses sur le parvis dallé. Il faisait déjà  chaud sous le soleil de  juin et la placette se remplissait d'une foule bigarrée, curieuse. Les paysannes sous leurs chapeaux de paille transpiraient abondamment, et souriaient enjouées à la vue de la clientèle qui se pressait pour acheter leurs légumes peu onéreux. Les étales rutilaient de fruits et légumes variés. Les cloches de l' église sonnèrent neuf heures . Une ribambelle de mioches accourait le long des trottoirs et se pourchassait dans un allègre désordre. Certains villageois se rafraîchissaient sous l'immense allée de platanes et de tilleuls fleuris. L'ombre était une denrée choyée, où les terrasses des cafés se gorgeaient d'une population assoiffée. Les cigales dans la pinède proche grésillaient en remuant leurs ailes perlées, et leurs chants résonnaient parmi le maquis ensoleillé. Auprès d'une fontaine ourlée de mousse , l' eau chuintait un refrain perceptible au milieu des pâtis qui se doraient face au levant. Sur un sentier poussiéreux, une bicyclette gisait sur le sol, esseulée. Une de ses roues tournaient dans le vide sans propriétaire. Quelques tâches rougeâtres gisaient éparpillées autour. Aucun randonneur ne se promenait à cet endroit précis. C' était plutôt un sentier que l'on n'empruntait que rarement, car il se situait dans une zone aride aux pâtures.  Une effraie hulula du vieux beffroi signalant un imminent  danger. L'air encensait le thym, la sarriette et la lavande qui croissait dans les prés. Entre le bourdonnement des insectes et le chahut des villageois, la Provence rayonnait et ne se doutait qu'un drame apparût dans ce charmant village.   


                        Le marché terminé en début d' après midi se dépeupla. Bientôt le bourg se réappropria son calme légendaire auprès de la sieste ancestrale, dès que la lumière brûlait les corps et les esprits. Des garçonnets s' aventuraient pourtant sur leurs terrains de jeux favoris. Ils aimaient tant se divertirent auprès des collines vallonnées, et s'isoler dans le fourrage des vieilles remises. Aucuns de leurs parents venaient les chercher mêlés dans le foin. Un torrent près d'un moulin effondré leurs étanchait la soif et la sueur sur leurs fronts sablonneux. Au cours d'un cache-cache derrière les ronciers du muret, ils se rejoignaient et s' entrechoquaient dans des fous rires à gorges éployées. Le plus menu de la bande traîna et rechigna à cause de la chaleur étouffante. Il se nommait Gaston et ruisselait de partout. Il fit un détour pour aller boire au ruisseau. Tout en savourant l' eau froide sur sa bouche, d'un geste brusque il se paralysa, et fut transi d' effroi dès qu'il vit une frêle jambe dépassée des hautes herbes. Gaston fureteur se baissa et comprit qu'il avait trouvé le corps d' une poupée . 

–« À qui peut bien appartenir ce jouet, à une fille sûrement, mais laquelle ? Toutes les copines du bourg en ont pleins les coffres, mais celle ci me dit pourtant quelque chose, oh je la reconnais, elle appartient à Manon ! » s' exclama Gaston estomaqué . Il cria auprès de ces camarades, avec ses petites mains il les fit se diriger vers lui. Suspicieux, interrogateurs tous la mirèrent , la contemplèrent étonnés.


                      Denise en étalant son linge mouillé sur le fil s' alerta de ne pas voir venir sa fille depuis un long moment. L'heure avançait et l' après midi touchait à sa fin dans la ferme. Il était plus que temps de revenir au foyer familial. N'y tenant plus, elle prévint le père d' essayer d' élucider la disparition de Manon. Ce n' était encore qu'une fillette de huit ans, mais elle était dégourdie et n' avait peur de rien. La mère frissonna malgré la touffeur de l' été et présagea le pire. Dans sa cuisine propre et coquette, elle étouffa et marchait autour de la grande table en bois en faisant de grands pas. Le père alarmé commença de fouiller, d' appeler Manon dans les terrains qu' elle adorait fréquenter. Aucune réponse ne vint troubler le crépuscule. 

–« Ou est elle passée la petite ?, à cette heure de la soirée elle devrait pourtant rentrer à la maison ! » gronda le père anxieux et en colère. 


                      Gaston et ses copains ne recueillirent que cette poupée, et en inspectant les alentours ils ne virent plus de jouets ni autres bagatelles de Manon. Cela les rassura et Gaston garda l'objet dans ses mains en haussant les épaules, puis la reposa sur le sol au creux d'un arbre mort.  Avec ses amis ils continuèrent leurs espiègleries, et soudain découvrirent un éclair lumineux qui reflétait la lumière du soleil au détour d'un sentier. Une bicyclette résidait sur les cailloux. Sitôt ils reconnurent le vélo de la petite Manon, et l' appelèrent sans avoir d' écho en retour. Ils farfouillèrent l'endroit avec précaution, crièrent le prénom de la petite mais toujours sans succès. Gaston angoissé vit au bord du chemin des gouttelettes de sangs séchés. Ils comprirent que Manon avait dû chuter, se blesser, où se mettre en danger devant un individu malfaisant. Les garçons s'inquiétèrent de plus en plus, ils étaient tous chamboulés et se lamentèrent. Malgré leurs voix retentissantes qui bondirent dans les creux des ravins, Aucune ombre ne s' agitait. Le territoire touffu, dense, se perdait au fond de l'horizon montagneux de la garrigue. 

– « Comment dépister le cheminement de la petite ? » pensèrent t' ils effarés. Ils se séparèrent pour mieux essayer de cueillir des empreintes dans les recoins les plus sombres, mais il n'y avait que des broussailles épaisses, drues qu'ils fauchèrent hardis et impuissants devant leurs frayeurs grandissantes.   


                      Dans la bourgade au crépuscule, Denise très affolée demanda de l'aide auprès du voisinage. Avec le père ils partirent avec les chiens dans le maquis qui s' assombrissait. Reniflant un peu partout ils aboyèrent, furetèrent le sol cendreux. Les paysans hurlèrent le prénom de Manon. Mais seul le frémissement des arbres leurs répondit. Ils se dissocièrent pour mieux entreprendre les recherches. Après quelques heures passées, ils ne virent toujours pas la petite. En revenant dépités auprès de leurs fermes, ils décidèrent d' avertir la gendarmerie, car en causant entre eux , les fabulations sur la petite allèrent bon train ! 

–« Manon a été enlevé , cela ne fait aucun doute, allons ne traînez pas messieurs, il faut d'urgence aller prévenir les secours , peut être est t' elle tombée d'un ravin et ne peut marcher!» rumina le père



L'incident déclaré hâtivement, se déployèrent les carabiniers avec des torches puissantes autour de la vallée déjà embrunie. Un léger voile nébuleux se soulevait auprès des chênes nains, et les chiens ne reniflèrent aucunes traces de Manon. Gaston et ses copains rentrèrent sans avoir trouver le moindre indice, et virent le village affolé par la disparition. Ils détaillèrent auprès des gendarmes l' emplacement du vélo près du moulin, et du sang sur la terre, et leurs fouilles négatives autour de l' endroit. Affamés , fatigués ils revinrent à leurs domiciles familiales tous en restants fracassés de la terrible nouvelle.  Denise sachant les faits, se larmoya,  tempêta, hurla contre le mauvais sort qui lui avait pris sa fillette. Les gendarmes revenus bredouilles tard dans la nuit ne purent la réconforter. Ils lui expliquèrent que le lendemain aux premières lueurs, ils reprendront leurs recherches. Elle se prépara à une grosse nuit d'insomnie et avait déjà la migraine qui pulsait sur son front. L 'effraie dans le clocher hulula de nouveau et son cri retentit aux oreilles de Denise qui grelotta dans son lit. La nuit lui sembla lugubre malgré le halo lunaire qui éclairait la demeure, pourtant si jolie avec la végétation de ses fleurs qu' elle chérissait tendrement. Gaston dans son insomnie râla en pensant à la poupée qu'il avait laissée dans les bois. Il se promit de le dire à la gendarmerie le lendemain. D'ailleurs il ne ferma l'œil, se retournant souvent dans ses draps en pensant au danger qui pesait sur Manon. Il voyait un homme à la tête hirsute prendre la fillette dans ses bras et lui tordre le cou.


                     Les recherches se répétèrent avec l' ensemble du monde paysan, de la gendarmerie avec leurs fidèles chiens, mais heureusement Gaston n' oublia pas d' expliquer où était la poupée. C' était un élément capital pour les chiens, d'ailleurs ils remuèrent la queue avec une vivacité, et ils reniflèrent l' odeur de la fillette assez rapidement. Ils suivirent une piste dans la garrigue où des lièvres affolés sautèrent dans les fourrés. Le soleil rayonnait de plus en plus brûlant sur les marcheurs qui transpiraient à grosses gouttes. Ne se désarmants, les hommes fouillèrent chaque millimètre de ce vaste territoire. Mais au bout de douze heures, ils ne virent, ne sentirent nullement la petite. Tous se désarmèrent découragés et pétrifiés. Les chiens avaient suivis un ruisseau et puis dans les flaques d' eaux perdirent la trace de la fillette. 

–« Mais pourquoi les chiens ne l'ont t' ils pas repérés ? » Clamèrent t' ils outragés. Pourtant ils continuèrent de fureter les sentiers et les bois, jusqu' au moment où tomba la nuit à nouveau sur le bourg.Les hommes écœurés revinrent encore une fois bredouilles auprès de leurs fermes, et les discussions s' activèrent de plus en plus effrayantes envers la survie de la petite.Ils se méfièrent incompris de ne pas réussir à l' avoir aperçue. Ils rougirent d'une colère noire, s'entêtant à répéter qu'un vaurien traînait au village, et crièrent dans les bars de la bourgade auprès des bières et pastis. Les esprits s' échauffèrent, se querellèrent entre eux. Chacun donnait une version différente. Denise blêmit, vagit en ne voyant sa petite venir. Indignée, offusquée la mère pleurait toutes ses larmes, et ne pouvait aller se coucher. Maudissant tout le monde, elle pestait qu'ils n' avaient commis sérieusement leur battue. Denise se promit que demain, c' est elle même qui irait la chercher, narguant la marée humaine qui s' était formée auprès de sa porte. Avachis de fatigues et d' alcools, les fermiers allèrent se calmer dans leurs gîtes.



                      Manon reprit conscience tardivement dans la soirée. Elle se souvint de s'être écorchée les genoux avec son vélo, de tomber et d' essayer de marcher sur le sentier épineux. Elle boitait, ne sachant où se diriger et trébucha auprès d'une grosse souche. Ensuite elle se sentit avaler dans le vide, en basculant la tête en avant, faisant des roulades à une vitesse vertigineuse pour atterrir dans un profond fossé qui sentait la moisissure. Elle reconnut les vieilles pierres du moulin en hauteur et en eut la nausée. 

–« Comment vais je faire pour me sortir de ce pétrin ? Jamais je n'arriverai à remonter la pente toute seule !  Je n'y vois rien , tout est assombri, »gémit t 'elle en se lamentant.

Son corps tuméfié lançait des signes de courbatures qui fit frémir la fillette. Recouvertes de feuilles , d' épines de pins, elle se secoua pour les retirer et se mit à hurler. Seul le vent dans la pinède l' entendit vagir, et lui répondit en faisant grincer les conifères. Ces bruits effrayèrent la petite encore davantage. Assemblant ses dernières forces, elle réfléchit longuement, et visita la ravine remplie de lierres, de gros rochers moussus et des lianes qui s'entrecroisaient. Avec ses fluettes mains, elle s' agrippa aux racines, et commença une lente ascension qui s' avéra ombrageuse. Plusieurs fois elle glissa, s' érafla les membres et le visage, prête à capituler de désespoir. Mais ayant un caractère plutôt vigoureux, elle ne se laissa pas abattre par les difficultés rencontrées. Des mulots espiègles la contournaient et s' agitaient en lui flairant le museau. Elle les chassa d'un geste vif et recommença à grimper douloureusement. Le terrain faisait glisser ses  pieds menus. En tâtonnant la terre, Manon se retint aux massifs de romarins et de thyms. Quelques chauves souris la frôlèrent tout en poursuivant leurs courses rapides sans l' affoler. Manon connaissait par cœur la nature qu'elle aimait pour venir jouer avec ses copines. Elle craignit de ne pouvoir remonter de la crevasse oubliée, et encouragée d'une intuition tenace, elle réussit avec ses bras de s' arrimer en sa bordure sans regarder le vide qui l' entourait.

– « Ouf pensa t 'elle, enfin j'ai réussi à sortir de ce mauvais endroit ». Mais Manon tituba entre les arbres, tellement que ses jambes lui semblaient douloureuses. Devant la nuit si obscure, elle ne put se guider même à travers les rayons diaphanes. Le hululement des rapaces l' accompagnèrent sans pouvoir la guider. Manon s' assit au pied d'un chêne, essoufflée, glacée par le froid qui la gagnait et s' endormit aussitôt. Elle ne perçut les clartés de l' aube, trop éreintée par l' effort et n' entendit pas non plus les cris des humains. De toute la journée, elle dormit d'un sommeil de plomb sous le soleil de l'été. 

                      
                    Manon cligna les paupières en gémissant.Elle eut chaud  soudainement,et la sueur coula sur son visage barbouillé de poussière. Péniblement elle se mit debout et jubila malgré les écorchures nombreuses qui l' élançaient. Enfin la lumière éblouissait les pins et mut d'un bel enthousiasme, elle marcha en boitant péniblement. Elle était affamée, assoiffée et ne pouvait compter les heures à cheminer. Elle se désorientait face au soleil , ne sachant si c' était le matin où le soir.  À la lisière de la forêt malgré sa vue brouillée, harassée, elle perçut son hameau natal et redoubla d'efforts pour y arriver. Manon n' en eut guère le temps, rattraper par une horde de chiens qui aboyèrent en frétillants joyeusement leurs queues. Ils lui léchèrent, essuyèrent le visage. Elle les reconnut. C ' étaient les chiens de la ferme la plus proche de la sienne. Elle vit courir  au devant d' elle, une forme imprécise qui en se rapprochant était l' allure de sa mère qui s' était levée prestement aux aboiements des chiens. Très vite l'enfant et Denise s' étreignirent en larmoyants, et tout en s' enlaçant fougueusement, elles suivirent le sentier du logis. Il y régnait une bonne odeur de cuisine qui mit l' eau à la bouche de la petite. Sans la sermonner , sa mère lui tendit de l' eau fraîche avec un chocolat bouillant et par la suite lui demanda ce qu'il lui était arrivé. Manon se délecta de lui décrire l'incident, et  laissa soigner ses ecchymoses sans broncher. Elle riait même étant si allègre d'être protégée auprès des siens.  


                        Dans la cour de la ferme à la lueur du petit matin, les hommes avaient tous une mine déconfite et pleuraient de rage en entendants japper leurs chiens. Ils virent bondir au devant d' eux Manon qui sortit de la cuisine. Interloqués, inquisiteurs, ils lui reprochèrent sa disparition avec une voracité effrayante , pulsionnelle. Mais l' enfant guillerette n' en prit ombrage et leurs raconta sa mésaventure. Ils lui déposèrent chacun un gros baiser sur la joue. Le père décida qu'il fallait festoyer le soir devant les retrouvailles avec sa plus jeune fille si vaillante. Un banquet sur la terrasse sertie de bougainvilliers fut servi avec toute la paysannerie du bourg, et ainsi à leurs guises les hommes s'exprimèrent, s' exclamèrent devant le vin qui coulait à flots . Ainsi débuta une nouvelle fête au village dont les pensées resteront gravées pour l' éternité dans la conscience de Manon , de ses parents, et des fermiers maintenant réconciliés.  



Fin
 
véronique henry
Janvier 2018
 
 
 

 

 

 


02/01/2018
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Le cafetier

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 Au fond de la ravine, des branches ballottaient, vrillaient se cognant entre elles. La force du torrent écumait avec son eau roidie aux couleurs bleuâtres, et de la mousse s' arrimait sur la grève caillouteuse. Le courant entraînait ensuite les morceaux émiettés, déchiquetés, les disséminant au fur et à mesure contre les rochers acérés et pointus, et ils dérivaient en tourbillonnants sur les flots opalins, qui les charriaient tout le long du parcours de l' onde spumescente. Quelques rares saumons luttaient à remonter le reflux à contre courant, où des ours les attentaient patiemment pour les dévorer avec une volupté féroce, dont ils affriandaient leurs chairs si exquises à leurs palais. Des busards ensuite finissaient les miettes de ce festin inopiné. Le territoire sauvage , solitaire, facilitait la faune à survivre sans qu'un humain ne débarque pour les déranger. Dans ces régions proches de l'arctique, il n' y avait guère de la manne touristique. Le vent soulevait avec son râle, les épines des résineux qui tapissaient le sol , formant de grands sillons roussis qui disparaissaient parmi l' éther bruineux qui foisonnait autour du torrent.

 


                          Une jeune femme au dessus d'un pont en bois vermoulu, pourtant y séjournait, et demeurait hébétée à constater l'allure déchaînée de l'eau qui tourbillonnait. Ses grands yeux clairs fixaient les moindres détails avec précision, et son corps ne bougeait malgré le vent qui se renforçait dans les conifères, dont s' entendaient un chant lugubre si particulier au milieu de ces contrées esseulées. Elle visionnait les alentours, agencée d'un appareil photographique, et ne  rechignait à la tâche  étant une férue passionnée de ces éléments qui l' environnaient. Dans le village le plus proche, on l' avait regardée avec étonnement. La jeune femme n' avait pu se faufiler sans être remarquée, avec ses habits colorés, son allure sportive et son joli minois . Elle avait choisi un coquet chalet pour s'y installer pour quelques temps, et s' enjolivait de ces belles vacances prometteuses, dont elle songeait depuis l' année écoulée. Autour du bar, les hommes de la région ne manquèrent de la contempler avidement. Auprès d'un chocolat chaud, le cafetier conquis par sa beauté, conversa gentiment avec elle, ne manquant de lui expliquer la topographie montagneuse qui régnait. Elle lui répondit aimablement qu'au contraire ,elle adorait ces lieux insolites. 

 


                               Sur la passerelle qu' Emma emprunta en parfaite confiance, malgré le tumulte bruyant du bouillon qui ne l' effrayait, une planche se mit à gémir et à craquer dangereusement. Son pas glissa sur le givre et s' éclipsa dans le vide. Elle cria, essaya de se retenir aux cordages, mais son corps trop lourd bascula en avant et tomba dans la rivière, évanoui au choc brutal du froid qu'il rencontra à son contact. Telle un poupée désarçonnée, Emma se mit à flotter, à  tournoyer dans les eaux profondes sans reprendre connaissance. Seuls ses longs cheveux blonds gonflèrent, s' emmêlèrent, puis dérivèrent sur le détroit resserré du lit du torrent. Un petit point noir tournoyait sans en inquiéter le moins du monde la faune limitrophe.

 


                                              Un gypaète solitaire pourtant avait assisté à toute la scène. Il remua ses rémiges, prit son essor et cria dans le jour rosé de l' aube. Le cafetier qui rangeait la terrasse au dehors, l 'entendit au loin et le reconnut. Il l' avait souvent croisé dans ses fugues auprès de ces montagnes qui affectionnait étant un alpiniste chevronné. Soutenant son œil aguerri vers le rapace, il pressentit un affreux présage, et le regarda pirouetté devant sa prestance autour de l' hôtel qui lui parut anormal. Il se figea, pensa à la joli jeune femme qu'il avait côtoyé, car il la chérissait déjà devant sa belle allure qu' elle imposait. IL aimait le style de la femme et avait contribué avec un grand plaisir à leurs conversations charmantes. Il prit rapidement un sac rempli d' effets personnels pour aller entamer une randonnée, ses skis et ses piquets. Connaissant le territoire, il suivit l' envol du rapace qui semblait lui tracer le chemin à prendre. Il commença à grimper un raidillon vertigineux tout en escortant l'oiseau. Il vit scintiller quelque chose auprès du ponton, et renforça sa marche sportive. Une voiture stationnait sur les bas cotés. Il en reconnut le propriétaire en étant cette jeune femme dont il ne connaissait le prénom.

 


                                                Le cafetier inspecta les environs, le torrent et le pont. Quelques planches se balançaient écorchées, béantes, offertes au ciel. Il comprit la scène qui se déroula devant sa conscience, et s' agita nerveusement en cherchant auprès des berges. Aucun corps ne flottait. Il descendit auprès de la grève en fouillant les moindres recoins qu'il connaissait, et se mit à fréquenter l' endroit avec une minutie alarmante. L'oiseau au dessus de lui décrivait de larges cercles et couinait lamentablement. Au milieu de gros rochers incisifs où se formait une mare remplie de débris boisés, il découvrit pitoyable le corps frêle de la jeune femme qui était coincé. Aux gestes précis et brefs, il sortit la pauvre jeune femme livide et sans connaissance. Il  chercha son souffle, en écoutant sa poitrine et vit un léger amplement qui s'y soulevait. Il la mit rapidement sur le coté, et tapota son dos fébrilement. De gros hoquets s' entendirent et une avalanche de vomissements se répandirent entre les cailloux élimés. Il la recouvrit de son sac de couchage, et alluma un grand feu pour la réchauffer. Auprès de la flambée , les joues pâles de la jeune femme rosirent légèrement et il se mit à tapoter son visage pour la ramener à la vie. Un écho criard puissant s' entendit autour d'eux. L'oiseau les regardait tout près sur un gros rocher grisâtre. Le garçon émotionné continua d' encourager Emma à respirer doucement. Quand il entendit un minuscule murmure de sa bouche, il s' agita frénétiquement. Enfin pensa t 'il, elle va survivre. Il lui posa des baisers chauds partout sur son faciès qui pourtant luttait encore, blafard et tout ruisselant. L'oiseau se rapprochant, contourna le corps de la jeune femme et se mit devant le cafetier. Soudain il prit la parole :

 


–« Oh que je suis heureux que vous avez sauvé ma bien aimée Emma. Je n' y croyais plus quand je la vis tombée dans le torrent. Comment vous remercier !»

 


                                               Le cafetier stupéfait le regarda éberlué, ahuri et atterré devant l'oiseau qui lui parlait. Puis une immense brume se fit autour du corps d' Emma, qui soudain s' allongea, s' étira . Il y crût dans un froufrou harmonieux d' amples plumages blondissant ocellés partout sur son corps, et le rapace ravi la prit dans ses puissantes serres tendrement, et s' envola vers le haut de la cime des arbres tout en gratifiant le jeune homme qui se lamentait, en se disant qu'il avait perdu toute raison. Il secoua sa tête éperdument mais devant la beauté du déploiement de ce phénomène si étrange à ses yeux, il les scruta longuement admiratif devant leurs arabesques lumineuses qui éclairait la voie lactée. Puis tranquillement il redescendit vers la vallée enneigée, où l' attendaient les fréquentations de ses amis qui s'angoissèrent. Il les revit avec une joie bouillonnante sans en raconter le menu détail. Le cafetier repris ses activités hôtelières sans en oublier les miettes de son sauvetage qui pour lui était plus qu' irrationnel, et il rêva chaque nuit de cette journée inoubliable en regrettant la jeune femme. 

 


                                                     Fort occupé dans le douillet chalet et mal réveillé de ses insomnies qui le perturbait un peu plus chaque jour, il ne comprit l' allure d'une jeune femme s' adressant à lui en lui souriant. IL reconnut aussitôt la photographe animalière passionnée qui résidait à l' hôtel, et passait ses ballades à capturer sur son écran la belle faune sauvageonne. C' était bien sûr Emma, il se sidéra à la vue de la jeune femme. Elle lui conta par le détail ce qui lui était arrivée, en se disant que toutes les nuits elle ne dormait car elle faisait le même songe bizarre. Elle se revoyait dans l'onde morte noyée après un saut sur un vieux pont moisi et pourri, secourue par un beau garçon qui avait les traits de l'adorable cafetier qui s' occupait d'elle au chalet. Emma lui présenta une photo qui l' interpellait, et le cafetier distingua l'aigle avec dans ses griffes , un autre rapace. Il se figea, se raidit, mais la jeune fille n' en prit ombrage, et lui confia qu' elle ne connaissait la raison de cette étrange photo qui était d'un ordre irréel à sa pensée. En le remerciant chaleureusement de ses conversations entretenues avec lui, elle l' embrassa fougueusement sur les joues en lui promettant de revenir le voir dans cet endroit qui l' attirait tel un aimant affectif .

 

 

 

Fin
 
véronique henry
décembre  2017

27/12/2017
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Une flammèche dans la nuit

 

 

 

 

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 Des pierres enfouies sous le lierre et le chèvrefeuille moisissaient depuis de nombreuses années. La verdure les avait recouvert d'un épais feuillage de ronces, cachant ainsi les murailles émoussées. Elles se dressaient austères, sombres, silencieuses sur la hauteur d'une colline. Aucuns promeneurs n'osèrent s'y aventurer et les vieux débris caillouteux prenaient possessions de cet endroit désert. Les villageois les plus proches en faisaient les frais chaque jour passé. Pour eux , la colline et la forêt était famélique, car ils entendirent toutes les nuits des sonorités étrangères, dont les gémissements se faisaient graves, glauques. Ils pensèrent que le diable avait pris place en ces lieux, qu'un sortilège vibrait , planait en permanence contre eux. Ils en demeuraient complètement épouvantés et faisaient des signes de croix et des prières en susurrant tout bas dans le village. Une bruine brunâtre vivotait  attirant corbeaux, corneilles à foison et autres rapaces qui hululaient, criaient, piaillaient à chaque instant. 


                           Par une matinée froide hivernale, un chevalier se profila sur le sentier du village. Il s' était perdu et cherchait en tournant en rond par quel chemin il pouvait se fier. Il montait un beau cheval roux avec une allure princière, et portait une grande épée rutilante au creux des reins. Les villageois le contemplèrent , le défièrent avec leurs yeux méfiants. Ils lui dirent de faire halte devant eux. Mais le preux chevalier les rassura tout de suite en déroulant un papier assigné des mains du châtelain, un cachet était poinçonné, et montrait les fameuses armoiries du Comte, qui signifiait que le chevalier nommé Gaspard pouvait disposer de son terroir comme il le désirait. Les paysans en avaient la bouche grande ouverte de stupeur! Mais en chassant leurs peurs , ils lui déconseillèrent fortement de traverser la colline perchée, et de côtoyer les flancs près du torrent qui s' annonçaient plus sereins. Gaspard demanda pourquoi, et les gens lui racontèrent, que des choses incompréhensibles se manifestaient dans la forêt. Pour eux, l' endroit était hanté et ils en étaient plus qu' effrayés.



                                 Malgré leurs avertissements , Gaspard ne les entendit, et partit sur son cheval au galop, car il prétexta qu'il était pressé de rejoindre son maître souffrant. Il se rua sur les sentiers herbeux et s' enfonça en profondeur dans les bois. Seul l' écho des sabots de son alezan résonnait, le réconfortant à cheminer, et il oublia les piètres sornettes des paysans. Brusquement au bout d'une lieue , il fut soulevé prestement sans en comprendre l' origine, et se retrouva accroché à des racines puissantes. Il se débattit, cria à l' aide mais rien ne se fit comme il le voulait. Il continua à gesticuler mais les rameaux enchevêtrés l' étouffèrent davantage, dans un piège plus que cruel. Des frissons ruisselaient le long de son dos , le glaçant de stupeur! il était complètement ligoté et pria d'un seul tenant :

–« Dieu qu'il vienne à mon secours!»Seule une voix chevrotante murmura auprès de lui. Il crut défaillir et trépasser.



Gaspard  était stupéfié devant l' accent prononcé d'un timbre doucereux. Il jeta un œil aux alentours mais ne vit rien et s' agita nerveusement, en secouant assez vivement les rameaux qui l' encerclaient. Soudain une rafale glaciale se fit sentir sur son visage et le décoiffa. D'un seul tenant , il fut projeté à terre sans comprendre, car les ronciers avaient tous disparus. Saisissant son épée pour se rassurer, il refit tourner sa tête dans tous les axes possibles, et chercha sa jument qu'il ne trouva nulle part. Sans doute s' était t' elle enfuie ? Il l' appela mais n' entendit que son propre braillement qui résonna dans toute la vallée. Paré de courage il repris le sentier péniblement. La voix éraillée continuait à lui parler , à le guider dans son cheminement. Son léger friselis l' accompagna, et il s' arrêta net devant une lumière vive qui soudain apparut aux travers des buissons. Il s' aventura auprès de la clarté qui lui fit paraître une grande allée de charmes,le resserrant à chaque pas qu'il faisait. Impossible de revenir en arrière pensa t'il! Il était obligé de se diriger au dessous de la voûte verdoyante, il y découvrit au fond du chemin des escaliers moussus, des brindilles épineuses qu'il fouetta de son épée pour pouvoir outrepasser, il trébucha , faillit tomber à la renverse. Il se frotta à une paroi crayeuse et descendit les marches lentement. Il était ébahi devant la découverte d'une grotte occulte entièrement calfeutrée par la frondaison luxuriante qui foisonnait à cet endroit. 


                                                  Un flambeau rutilant brûlait dans le creux de la galerie souterraine où il pénétra non sans être assez anxieux.

–« Soyez sans crainte jeune chevalier, la clarté vous guide jusque à moi, je vous attends depuis des siècles mon doux seigneur ,j'ai grand besoin de votre secours!»

clama la même voix qui depuis le début l' avait accostée.

Gaspard chemina timidement jusque devant la découverte d'un corps allongé frêle sur de la paille rancie. Il vit une vieille femme aux longs cheveux blancs qui le regardait fort amusée. Elle lui fit signe de s' approcher auprès de son visage blême, et lui souffla dans un murmure rauque :

–« Je suis bien trop affaiblie avec toutes ces années passées dans cette caverne qui est donc ma prison! 

marmonne la vieille femme bien palote. 

Elle tremblota et continua de lui parler, malgré une toux éreintante qui la faisait haleter comme un bœuf!

– Il me manque quelques plantes médicinales pour faire ma potion,Mes forces m' échappent, Je ne peux plus courir les bois pour aller faire ma cueillette,j'ai pourtant laissée plein de signaux de détresses aux villageois mais ces idiots ne sont que terrorisés!, Quels trouillards!, Allez jeune Gaspard me chercher mes plantes et je vous garantie que vous n'aurez aucun incident! c' est grâce à moi que vous êtes arrivé sain et sauf dans ces lieux! »

lui dicte d'un ton douceâtre la pauvre malade.


                                                   Gaspard charmé par l' état de la vieille dame lui sourit et partit précipitamment dans la forêt pour aller cueillir ces fameux ingrédients. Il était guidé de ses mains, il le sentait au fond de lui. Rassuré , il revint dans la grotte les mains pleines, et fit un grand feu avec le petit bois sec, qui se trouvait éparpillé. il prit un chaudron usé et mit toutes les plantes à bouillir. Quelques chauves souris s' ébrouèrent sur le plafond noirci, et piaillèrent auprès de lui. Il n' avait plus peur et écoutait le bavardage de la femme maladive. elle eut un faible sourire quand la potion fut prête à boire et lui dit:

–« Merci infiniment mon cher Gaspard. Ne fais pas cette tête effarée! Oui jeune prince , je ne te connais que trop bien! Je me présente à toi, Je suis ton arrière grand-mère maternelle et je m' appelle Émilienne,Ta chère famille m' a répudiée.

– Trop de sorcelleries avec tes lumières et tes plantes m'ont t'ils confiés amèrement!, Ils m'ont chassé du château et je moisis ici depuis au moins deux siècles! Quelle infamie pour moi et pour toi , de ne pas me connaître, Je suis fatiguée de croupir dans ce souterrain humide, froid et glacé , et sans sépulture!

–  Mais aujourd'hui je savoure enfin ma victoire , ma joie d' avoir pu te faire parvenir jusque dans cet endroit pourri, Mes lumières et ma voix ont été très utiles pour t' attraper!, Quand à ces idiots de villageois , leurs ayant fichu une trouille bleue, j' étais naturellement tranquille! »

jubile la vieille dame devenue d'emblée sournoise .

Elle rit de bon cœur, but quelques gorgées qui la réchauffèrent, et continua de discuter avec son arrière petit-fils qui n' en perdait pas une miette de sa conversation. 


                                                Brusquement un jet resplendissant brasilla sur la vieille femme. Elle se mit à fondre et devint une minuscule flammèche qui vrilla tout autour de Gaspard. Médusé il assista à la déformation de son arrière-grand- mère , et sentit sur ses joues , un baiser brûlant qui le réconforta. Il la sentit vivre en lui , lui parler doucement et soudain sa mèche disparut au dehors de la grotte pour disparaître aussi loin dans le ciel étoilé. Il la suivit émerveillé, éberlué, conquis. Elle était maintenant une étincelle dans la nuit éparse. Une énorme aurore boréale bleutée flottait éperdument . Il compris que c' était elle qui valsait comme une élégante jeune fille. Il posa  des bisous sur sa bouche pour qu'ils s' envolent et aillent la rejoindre et lui dit à basse voix:

–« chère grand-mère , tu seras toujours présente en mon cœur!».

Il rejoignit sa belle jument qui broutait un peu plus loin, et reprit cette fois la bonne direction pour aller retrouver sa demeure. Il n' avait plus que maintenant que le plaisir de lire les aurores boréales pour voir sa mamie adorée. Il partit d'un pas serein devant l' aube attendrie.


Fin
 
 
véronique henry
Novembre 2017
 
 
 
 

22/12/2017
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