poesieirisienne- véronique henry -poésies classiques

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Amnésique

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Repliée, couchée au milieu de ses draps satinés, Sylvie pleurait de grosses larmes dans sa chambre tamisée d'une lumière douceâtre. Depuis le soir venu, son chagrin débordait et coulait à flots. Une affreuse migraine pulsait son front livide et ses yeux rouges vifs lui brûlaient. Une violente dispute en était la cause avec ses parents dans l' après midi même, au sujet de ses fugues solitaires qui l' emmenaient loin dans cette région montagneuse, où elle affectionnait particulièrement l' escalade. En rentrant au logis, sa mère l'avait mirée la voyant si pâle, décoiffée, assoiffée, et ne comprenait l' émotion de sa fille qui se manifestait trop étrange à son goût. Sylvie ne parlait ni hochait la tête envers les questions réponses de ses parents. Déconcertés, impatients de son absence de paroles, ils la grondèrent, et fâchée Sylvie se réfugia dans son lit sans prendre le repas du soir. La nuit étant longue devant son insomnie et ne se calmant, elle se remémora la scène qu'elle venait de vivre, apeurée, effrayée d'une vision perçue qui engluait sa conscience.

 

 

– Pendant l' ascension dans l' après midi même, entre les drus rochers, ne prenant aucun risque, elle escaladait d'un pas léger les difficultés rencontrées, se sentant d'une belle forme pour monter la paroi vertigineuse qui ne l' angoissait. Au contraire Sylvie prenait avec un grand délice son échappée solitaire, la vue magnifique l' attirait , la reposait. Le vent dans ses cheveux ébouriffés caressait son visage en sueurs, et la rafraîchissait. N'ayant le vertige son sourire rayonnait sous la luminosité d'un soleil radieux, et la comblait dans son excitation à grimper.Une fois agrippée au sommet affûté, elle se mit debout, fière d'être privilégiée au panorama qui s'offrait au devant de ses pieds. Les chaînes alpestres rutilaient et leurs dômes enneigés se paraient dans l' azur bleuâtre. Enfin comblée, elle s' assit pour mieux y savourer une plénitude qui l' exaltait. Sylvie distingua plus bas , dans les cailloux un point indistinct. En prenant ses jumelles, elle vit un sac à dos déchiré et plus rien autour. Sans doute un sac perdu pensa t 'elle brièvement. Mais redoublant de vigilance avec ses jumelles, elle inspecta les parages. Elle ne vit rien et se mit à redescendre l'autre versant face Nord. Auprès de son cordage en rappel, soudain elle vit un corps pantelant, déchiqueté, qui dansait macabre au bout d'une corde. Sursautant, saisie d' effroi, se retenant de crier, Sylvie essaya de l'identifier sans affirmation positive. Elle prit son mobile appelant les secours pour les diriger vers le corps de l' alpiniste mystérieux.

 

 

 

L' hélicoptère dans un bruit fracassant, s' activa autour de la montagne et le repéra. Un guide alpin avec un harnais descendit auprès de lui et le remonta dans l' appareil. Sylvie fit de grands gestes pour les remercier et dévala la pente nettement plus guillerette, curieuse de comprendre. Arrivée dans la sapinière étoffée qui l' entourait d'une brume opalescente, des frissons la faisaient grelotter dans le silence feutré, et elle se questionnait car aucunes disparitions n'avaient retenti dans la région ces dernières années. Précipitant sa foulée dans les sentiers résineux, elle réfléchissait et en devenait perplexe. Dans la bourgade , les curieux en voyant l' hélicoptère déblatéraient entre eux et ne voyaient d'un bon œil l'incident causé. Ils discutèrent en passionnés avec de grands gestes amples, chacun voulant donner une version différente de l'autre.Ils s' affolaient et abusèrent des paroles volées auprès des commérages. Le journal local édita spécialement pour l'inconnu retrouvé, une large rubrique dans ses premières pages. Une découverte plus que surprenante , un corps non identifié suspendu à un cordage est décédé.

–Que faisait t' il dans cet endroit désertique ? Depuis combien de temps son accident ? l' enquête piétinait devant aucunes disparitions connues : écrivit un journaliste.

 

L'ambiance dans la région se fit effervescente, chaotique à l' annonce faite. De nombreux journalistes se manifestèrent auprès des curieux, des anxieux et du bagou de certains. L'air se plombait d'une nocivité déroutante devant le manques de preuves. Sylvie dut conforter son témoignage auprès de la gendarmerie, qui lui dicta que l' enquête suivait son cours et il fallait attendre les prélèvements d' ADN pour en savoir un peu plus sur l'individu. Attentive aux débats portés dans le village qui prenaient une tournure malveillante , angoissante pour les gens, elle s'interrogeait toujours sur sa provenance et sur la date de l'accident, et tout en regagnant le chalet inquiète, elle revoyait le corps se balancer dans le vide auprès de ses pensées. Elle fureta vite fait sur son ordinateur les événements marquants sur le territoire , dans sa chambre douillette où l'âtre brasillait de grosses branches, mais ne trouvant rien de suspect, elle se consola dans son lit, malgré l' affreuse dispute avec ses parents . Ne dormant Sylvie se remémora la journée passée, se retournant agitée dans ses draps et ne comprenant le pourquoi de son anxiété. L'incident la ruminait lamentablement, en imageant la séance devant ses yeux exténués. Elle s'endormit d'un sommeil de plomb sans y douter une seconde malgré un orage puissant qui résonna dans toute la vallée.Des trombes d' eaux dévalèrent les venelles de son quartier sans qu' elle l' entende.

 

Le lendemain matin en buvant son café, Sylvie se frottait les paupières encore enfarinées de la nuit défilée. Un bruit frappé à la porte d' entrée figea son attention. Ses parents étant partis tôt à leur travail, elle était la seule dans le chalet et ne répondit. Un journal fut déposé devant le seuil, elle le prit en regardant qui lui avait apporté, mais ne vit aucunes ombres aux environs. S' est sûrement le facteur ! Murmura t 'elle. Soucieuse elle débuta sa lecture et fut arrêtée précipitamment devant les faits annoncés.Un mystérieux corps découvert dont il est encore de nos jours impossible à identifier, rédigea le journaliste saisi de cette affaire. Éberluée, secouée Sylvie réfléchit subitement bien réveillée,

––Comment est ce possible ? Se lamenta t 'elle. N'en pouvant plus elle s' habilla prestement et sortit dans le village pour aller pêcher d'autres nouvelles. Les commentaires au marché, aux terrasses communiquèrent d'une allure frénétique. Mais à part les ragots journaliers, elle n' apprit rien de concret et se paniqua de ne rien savoir. Cela l'irrita même et l'oppressa, ayant un nœud à la gorge sans en comprendre la raison et sa nervosité grandissante lui pesait. Sylvie ne voulut rencontrer aucunes de ses amies, et rentra dans sa demeure cloîtrée au lit. S ' étant assoupie pendant plusieurs heures, elle n' entendit ses parents revenir. Ils frappèrent à la porte de sa chambre, inquiets de la conduite anxiogène de leur fille, ne voulant leurs parler ni les voir. Sylvie hébétée , remuait ses impressions telle une pauvre folle, les ressassant dans une boucle infernale. Plus l' après midi s' étirait vers le soir et plus, le comportement de Sylvie dépérissait. Elle refusa même de boire et de manger, de se laver, d'ouvrir simplement les persiennes, trop déboussolée , effarée dans ses vision perçues au fil des jours.

 

 

Avec grandes peines, ses parents réussirent à forcer le verrou et virent leur fille étendue les membres épars sur le lit, telle une poupée désarticulée. Ils s'approchèrent et remarquèrent que son visage était blafard, que sa poitrine ne s' amplifiait et décidèrent d' appeler les secours. Affolés devant cet épisode , ils n' en comprenaient le raisonnement. Les médecins diagnostiquèrent une forte prise médicamenteuse dont des tubes vides traînaient sur la moquette, et la conduisirent au plus vite dans un centre de soins. Les parents furent convoqués à la gendarmerie pour éclaircir l' étrange individu découvert en montagne. Ils y apprirent l' identité masculine du défunt, et la liaison commune avec leur fille. Mais ils expliquèrent qu' ils ne connaissaient cette intimité et en demeuraient stupéfiés, et conversèrent fort nerveusement sur le comportement de leur fille depuis quelques temps. Les inspecteurs déposèrent quelques objets devant eux, une écharpe rose et des traces de cheveux appartenant à Sylvie. Interloqués, les parents furent navrés d' assister devant une interrogation inconnue à leurs yeux. Comment avaient t' ils pu être aussi aveugles , pourquoi  avait t 'elle menti.

 

 

Sylvie au bout de quelques jours réussit à sortir de son état comateux, la bouche sèche et pâteuse, la peau moite. Aucuns souvenirs ne se rallièrent, elle inspecta la chambre de l'hôpital éberluée en se demandant qui elle était. Les soignantes le lui rappelèrent, ses parents aussi mais ils furent très vite dépités devant sa mémoire défaillante. Les médecins les avaient rassurés en leurs disant que l' amnésie serait provisoire, et provenait d'un choc. Elle serait donc soignée par de l' hypnose. Elle déambulait dans les couloirs complètement perdue des stigmates qu'elle ne reconnaissait. Même avec la gendarmerie, elle ne put certifiée, mémorisée l'individu qui était son amant, l'incident causé et sa vie intime depuis sa naissance. Vaseuse, embrouillée, les nerfs à vifs, elle était sans repère.

–Aucune consolation possible  se lamentait t 'elle pendant des journées entières qui lui paraissaient longues, désabusées. Au cours de la première séance d'hypnothérapie, n' y croyant, elle se laissa guider par la voix de la psychologue et au fil de l' heure, sa rêverie vit des images défilées, la montagne, un campement, un homme jeune la regardant. Puis avec les successives, se sachant plus confiante, un film se rendit plus précis, intact dans sa chair qu'elle se mit à gesticuler, à hurler. Sylvie décrivit une scène qui l' étouffait, encouragée par la soignante, elle détailla les menus détails malgré l'emprise émotionnelle qui la tenaillait . Un homme avec un pull over rouge l'avait pris dans ses bras, et l' étouffait à lui briser les os, et essayait de l' embrasser vigoureusement, en essayant de la déshabiller frénétiquement. Elle se débattit folle de rage et de peur, échappant à son violeur présumé. Dans la nuit, cachée dans une coulée, elle attendit fermement sa proie en silence, couchée dans son hamac près d'un feu. Profitant que son dos était retourné, elle le poussa en découplant sa force vers un précipice, et l' homme dans un cri glissa sur la pente vertigineuse et le choc du corps retentit. Sylvie se réveilla de la séance en sueurs, criant, hurlant, secouée de violents sanglots. Elle crut avoir des hallucinations mais comprit horrifiée le macabre incident et vit le visage de son compagnon qu'elle reconnut aussitôt complètement effarée, et reconnaissant le secret de sa nervosité, Sylvie se mit à gémir longuement, douloureusement.

 

 

Maintenant que sa mémoire se joignit, Sylvie n' était pourtant réconciliée avec ses souvenirs. Trop de douleurs, de sanglots éplorés lui pourrissait le quotidien, et réalisa avec l' entretien du procureur toute la dimension de son acte meurtrier. Aucun échappatoire, en ayant avouée les faits malgré les circonstances atténuantes, elle resterait privée de sa liberté pendant un moment. Dans le centre qui l 'hébergeait et qui la soignait, sa santé mentale fut fortement ébranlée et ses forces lui manquèrent un peu plus chaque jour, refusant de s' entretenir avec ses parents, ses amis. Elle se réfugia dans un profond silence, muet, souffreteux., n'ayant plus d' appétit ni la soif de continuer à vivre.

 

Par un temps clair et magnifique, les parents de Sylvie apprirent sa mort brutale au centre. Ayant profité d'une absence de surveillance, elle se sauva dans le parc, croisant une voiture et se jeta dessus avec violence et fut brisée dans son élan. Son frêle corps vola, se cabra pour atterrir sur la pelouse inerte et son cœur ne pulsa plus jamais.

 

 

 

          fin

véronique henry

Janvier  2017

 

 

 



10/01/2018
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