poesieirisienne- véronique henry -poésies classiques

poesieirisienne- véronique henry -poésies classiques

recueils poétiques des Apéciens


Ecrire- la nuit des poètes- (recueil des Apéciens )

 

 

 

Ce recueil de poèmes, co-écrit par sept amateurs de poésie classique, est une réflexion sur l’acte même d’écrire  qui se présente sous la forme d’une « introspection », présente dans chacune des pièces composant ce livre. Les grands thèmes de la poésie y sont abordés : le travail, l’inspiration, la souffrance mais aussi la joie de la naissance de la création.

C’est un beau défi aujourd’hui d’arriver à publier un recueil de poésie ailleurs que dans le cercle assez fermé des poètes reconnus. Ecrire est en fait la consécration de l’aventure poétique qu’ont parcourue ensemble des autodidactes, d’horizons très divers,  tous portés par le même amour des mots et le même besoin de la création, réunis sous le nom mystérieux des « Apéciens », néologisme formé à partir des mots « Ateliers de Poésie classique ».

L’ouvrage est composé de sept sections qui illustrent assez bien les interrogations liées à toute création. De variations sur « l’acte d’écrire », on passe au bonheur de l’écriture mais aussi à sa nécessité « écrire pour survivre ». La question de l’inspiration, celle de « la muse » mais aussi la peur de « la page blanche » hantent de nombreux poèmes et font référence à ceux qui habitent les co-auteurs du livre.

Avant tout, ce recueil est un cri d’amour  lancé à la poésie. Ce qui est assez intéressant, c’est la présence et l’application des règles dites « classiques » dans leurs poèmes car ils partent du principe que seuls les véritables vers atteindraient l’immortalité. Au fil de la lecture, ils ressuscitent des formes anciennes comme la villanelle, le maillet, le muzain, le zegel (forme poétique d’origine arabe) ou encore le pantoum, pour retrouver une forme plus connue. L’importance de la ponctuation est soulignée plusieurs fois… on retiendra par exemple cet « éloge de la virgule ». Les formes anciennes cèdent parfois à l’exploration d’autres, beaucoup plus récentes, comme celle du sonnet irrationnel, crée par un OuLiPien, Jacques Bens.

Sur cet ouvrage plane l’esprit de nombreux poètes, les Apéciens reprenant le thème de l’innutrition, chère aux poètes du XVIème et des siècles suivants : leurs écrits se nourrissent de leur vie personnelle, mais aussi de la lecture des poètes qui les accompagnent sur leur chemin comme des compagnons de voyage. Le lecteur pourra ainsi reconnaître Mallarmé derrière son cygne, cité de nombreuses fois dans les poèmes de Stellamaris. L’ombre de Boileau  et son célèbre

« vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage » semble être le crédo des auteurs, qui soulignent la difficulté et le dur labeur de la création qui finalement réside en un apprentissage parfois douloureux. J’ai beaucoup aimé ce vers évocateur :

« L’image me perce de son dard ». Malgré tout, la poésie est un baume posé sur les souvenirs douloureux.

Souffrance, inquiétude, joie mais aussi auto-dérision et réalisme sont sans cesse mêlés dans les créations de ces dilettantes :

  « Je ne suis qu’un rimailleur simplement » nous dit par exemple Jean-Claude Blondel, renvoyant le lecteur aux plus grands comme Baudelaire, présenté comme le « Roi de la lyre » … Et ce n’est pas moi qui les contredirai !

Un recueil singulier à lire comme une plongée au cœur de la création et comme la proclamation d’un amour authentique des mots !

 

Une citation pour conclure extraite de « Naissance d’un poème », de Stellamaris :

 «Quand l’exaltation de l’écriture cesse

   Un grand calme se fait, un silence du cœur

   Je les laisse  vibrer et résonner en chœur,

   Cette joie intérieure et cette douce ivresse »

 

couverture-crire-2b76f8f.jpg

 

 

http://editionsstellamaris.blogspot.fr/2012/06/ecrire.html

 

 

 

 
Les Apéciens n’en sont pas à leur premier recueil ; ils ont déjà publié ensemble un ouvrage intitulé « Écrire » - joli raccourci de leur passion commune - , et nous offrent ici une rêverie pleine de charme et de variété sur le thème magique de  la Nuit.
Mais qui sont-ils ? Le terme Apécien est dérivé de leur projet commun, qui est de constituer unAtelier de Poésie Classique (APC) ; et si l’on fouille un peu derrière cette appellation on découvre beaucoup plus que du « classique » ! En effet leur chef de file, dont le nom de plume est Flormed, est un passionné de toutes les formes ayant foisonné dans la poésie de l’antiquité jusqu’à nos jours, en passant par le moyen âge et les cultures étrangères (arabe ou japonaise par exemple). Il en détaille sur son site [1] près d’une cinquantaine (ballade, complainte, muzain, odelette, rondeau, schaltinienne, rotrouenge, virelai, villanelle … sans oublier le sonnet qui connaît des subdivisions multiples) auxquelles s’ajoutent des formes nouvelles inventées par le groupe (malhoun, ricochet, sonnettin…) .
C’est dire le charme et la musicalité des textes, tantôt longs, tantôt courts, dont les vers varient de longueur et de jeux de rimes, qui sont offerts dans ce recueil très inspiré tout autant que savamment construit : en douze subdivisions qui sonnent comme les douze heures de la nuit et comme le nombre sacré définissant l’Univers.
La Nuit est ainsi évoquée sous toutes ses facettes, symboliques comme réelles, en partant du noir des ténèbres et de la souffrance pour aboutir à la splendeur des astres qui l’illuminent, des feux qui la transfigurent, ou de la paix qu’elle apporte.
La variété de style comme d’inspiration est assurée non seulement par l’alternance des thèmes abordés et des formes utilisées, sur lesquelles nous n’avons malheureusement aucune indication dans le livre ( sauf lorsque l’auteur lui-même en fait son titre, comme c’est le cas du « sonnettin », de Khris Anthelme, p. 151 ! ), mais encore par le mélange de dix auteurs différents, parmi lesquels sept sont réellement réguliers, les autres ayant rejoint le groupe plus tard.
L’ensemble constitue un joli florilège qui gagne à être feuilleté au hasard des pages, ce qui permet de choisir une atmosphère plus sombre ( dans les premiers chapitres ) ou plus lumineuse ( vers la fin ), la table des matières très précise étant pour cela une auxiliaire appréciable.
Enfin, ce qui ne gâte rien, la couverture présente une superbe image de la lune, due au poète qui est également l’éditeur de l’ouvrage : Stellamaris.
 
Martine Maillard
 
Couverture La nuit des poètes.jpg
 
 
 
 
 

08/05/2017
0 Poster un commentaire

Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser